Charli xcx révolutionne le rock avec son album « Rock Music »

David Marlow David Marlow Musique 6 min de lecture
Charli xcx révolutionne le rock avec son album « Rock Music »

Charli XCX et le rock qui n’en était pas un : l’art de la subversion en ‘Rock Music’

La première fois que j’ai entendu ‘Rock Music’, c’était dans un café bondé de Berlin, un casque mal isolé laissant filtrer les basses saturées du morceau. Autour de moi, des visages se sont tournés, certains amusés, d’autres perplexes. « C’est du Charli ? Vraiment ? » a lâché une inconnue en haussant un sourcil. La question, lancée comme une boutade, résumait à elle seule l’audace et la provocation de cet album qui, dès son titre, joue avec les attentes comme un chat avec une pelote de laine. Charli XCX n’a jamais été du genre à se laisser enfermer dans une case, mais avec ‘Rock Music’, elle pousse le bouchon plus loin encore : et si le rock, ici, n’était qu’un leurre, une blague potache, ou pire, une déclaration d’amour déguisée en pied de nez ?

Dès les premières secondes de l’album, on comprend que l’artiste ne compte pas nous faciliter la tâche. Le morceau éponyme, ‘Rock Music’, est un monstre de contradictions : des riffs de guitare qui sonnent comme passés au mixer de Daft Punk, une voix traitée à outrance, et ce refrain absurde, presque dadaïste, où Charli scande « I think the dancefloor is dead, so now we’re making rock music ». Le tout baigné dans une esthétique new rave qui rappelle autant les excès de ‘Crash’ que l’énergie désordonnée des premiers albums de Sleigh Bells. Certains y ont vu une parodie, d’autres une trahison, et beaucoup ont simplement haussé les épaules en se demandant si elle était sérieuse. La réponse, comme souvent avec Charli, se niche quelque part entre le oui et le non, dans cet espace flou où l’ironie côtoie la sincérité.

Pourtant, réduire ‘Rock Music’ à une simple blague serait passer à côté de l’essentiel. L’album est une exploration audacieuse des limites du genre, une déconstruction en règle de ce que signifie « faire du rock » en 2026. Prenez ‘Neon God’, par exemple : sous ses airs de hymne punk, le morceau cache une mélodie pop ultra-calibrée, presque trop parfaite pour être honnête. Charli y joue avec les codes du rock garage, mais les distord jusqu’à les rendre méconnaissables, comme si elle les passait à travers un prisme hypermoderne. Le résultat est à la fois familier et profondément déroutant, un peu comme si les Strokes avaient été produits par A.G. Cook après une nuit blanche passée à écouter du PC Music et du grunge des années 90.

Ce qui frappe le plus dans ‘Rock Music’, c’est la façon dont Charli XCX parvient à concilier deux approches en apparence antagonistes : d’un côté, une volonté de brouiller les pistes, de jouer avec les attentes du public et des critiques, et de l’autre, une sincérité brute, presque vulnérable, qui transparaît dans des morceaux comme ‘Broken Neck’. Ici, la provocation cède la place à une confession crue, où la chanteuse évoque avec une lucidité désarmante les excès de sa vie de rockstar : « Wow I’m really banging my head / I’m really hurting my neck ». Le ton est à la fois drôle et mélancolique, comme si Charli riait d’elle-même pour ne pas pleurer. C’est cette dualité qui fait toute la richesse de l’album : sous ses airs de farce, ‘Rock Music’ est un disque profondément humain, où la fête et la déprime coexistent en parfaite harmonie.

Autre point fort de l’album, la production, signée en grande partie par Charli elle-même aux côtés de ses complices habituels comme A.G. Cook et Deaton Chris Anthony. Les textures sonores sont riches, presque oppressantes par moments, avec des couches de guitares distordues, des beats électroniques qui cognent, et des voix traitées jusqu’à l’abstraction. On pense parfois à l’énergie chaotique de ‘Pop 2’, mais avec une touche de rage en plus, comme si Charli avait décidé de canaliser toute sa frustration dans des morceaux qui sonnent à la fois comme des exutoires et des manifestes. ‘Shredder’, par exemple, est un déluge de sons où les influences punk, métal et hyperpop s’entrechoquent dans un joyeux bordel, tandis que ‘Vogue’ (à ne pas confondre avec le magazine) revisite le glam rock avec une touche de cynisme très années 2020.

Bien sûr, ‘Rock Music’ ne plaira pas à tout le monde. Les puristes du rock hurleront au sacrilège, les fans de pop pure trouveront peut-être l’ensemble trop expérimental, et certains critiques continueront de se demander si Charli XCX n’est pas en train de se moquer d’eux. Mais c’est précisément ce qui rend cet album si passionnant : il défie les catégories, refuse de se laisser étiqueter, et assume pleinement son statut d’objet musical non identifié. Charli XCX a toujours été une artiste en mouvement, une caméléon qui se réinvente sans cesse, et ‘Rock Music’ est peut-être son projet le plus abouti dans cette quête d’absolue liberté créative.

Alors, est-ce vraiment un album rock ? La question, au fond, n’a pas grand sens. Charli XCX n’a jamais eu l’intention de livrer un disque de rock traditionnel, et c’est tant mieux. ‘Rock Music’ est bien plus que cela : une réflexion sur les genres musicaux, une célébration de l’hybridation, et surtout, une preuve supplémentaire que Charli reste l’une des artistes les plus excitantes de sa génération. À une époque où la musique semble de plus en plus formatée, où les algorithmes dictent les tendances et où les artistes hésitent à prendre des risques, elle ose encore tout balayer d’un revers de main, avec un sourire en coin et une guitare qui grésille. Et ça, c’est sacrément rock’n’roll.

Sources

Les informations et citations utilisées dans cet article proviennent des sources suivantes :

Article du Guardian intitulé « Charli xcx: Rock Music review – is she really pivoting from pop? Don’t be so sure… », publié le 8 mai 2026.

Avis d’utilisateurs sur Album of the Year, consultés pour les réactions du public.

Critique du single ‘Rock Music’ par The FADER, disponible ici, ainsi que les discussions et avis sur la page dédiée à l’album sur Album of the Year.

David Marlow

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