The Clash – Sandinista! (Remastered) : un punk rock révolutionnaire
‘Sandinista! (Remastered)’ : quand The Clash ont dynamité leurs propres règles
En décembre 1980, The Clash livrent ‘Sandinista!’, un monstre de six faces et trente-six titres qui achève de pulvériser les frontières du punk rock. Trois ans après leur manifeste explosif ‘The Clash’ et un an après le chef-d’œuvre ‘London Calling’, le quatuor londonien s’engage dans une odyssée sonore sans filet, au risque de perdre une partie de son public. Produit dans l’urgence entre Londres, New York et la Jamaïque, l’album est un manifeste anti-commercial : pour le sortir, le groupe accepte de renoncer à ses royalties, défiant CBS et les attentes d’un marché déjà saturé de post-punk morose.
Musicalement, ‘Sandinista!’ est un laboratoire en ébullition. Le punk originel y côtoie le dub jamaïcain, le hip-hop naissant, le reggae, le funk, la soul, et même des expérimentations électroniques. Le résultat oscille entre fulgurances et longueurs, comme si The Clash avaient voulu condenser une décennie d’influences en un seul disque. L’ouverture par ‘The Magnificent Seven’ donne le ton : un groove new-yorkais, des paroles sarcastiques sur la société de consommation, et cette basse obsédante qui annonce l’avènement du rap-rock. Plus loin, ‘Washington Bullets’ mêle folk acoustique et réverbérations dub pour un pamphlet géopolitique d’une lucidité rare, évoquant les interventions américaines en Amérique latine sans jamais tomber dans le dogmatisme.
Pourtant, l’audace a un prix. Des titres comme ‘Junco Partner’ ou ‘Lose This Skin’ (chanté par le guitariste Mick Jones) peinent à justifier leur place dans un tracklisting surchargé. Les fans de 1980, habitués aux riffs cinglants de ‘White Riot’, ont dû se sentir trahis par ces incursions dans le spoken word (‘Rebel Waltz’) ou ces collages sonores approximatifs (‘Mensforth Hill’). Même les critiques de l’époque, prompts à encenser ‘London Calling’, ont tordu le nez devant ce qui ressemble parfois à une jam session interminable. La BBC ira jusqu’à qualifier le disque de « bloated, cash-corrupted anachronism », soulignant l’ironie d’un groupe devenu ce qu’il combattait : un monstre du rock institutionnalisé.
Reste que ‘Sandinista!’ est un échec génial. En refusant de se répéter, The Clash ont signé un album aussi irritant qu’indispensable, préfigurant l’éclectisme des années 1980 et la mondialisation des sons. Son héritage se mesure moins à ses ventes qu’à son influence : sans lui, pas de ‘Combat Rock’, pas de Rage Against the Machine, et peut-être même pas de rap conscient. Trente-six titres pour une seule idée : la musique n’a pas de frontières, surtout pas celles qu’on lui impose.
Sources
Louder – ‘The Clash – Sandinista! album review’ (2020). Ultimate Classic Rock – ‘How the Clash Ripped Up the Rule Book With ‘Sandinista!’ (2015). AltRockChick – ‘Classic Music Review: Sandinista! by The Clash’ (2016). BBC Music – Review of The Clash – Sandinista! (2003). Album of the Year – User Reviews: The Clash – Sandinista!.
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