Led Zeppelin : redécouverte de « In Through the Out Door » (Remaster)

David Marlow David Marlow Musique 3 min de lecture
Led Zeppelin : redécouverte de « In Through the Out Door » (Remaster)

Led Zeppelin In Through the Out Door (Remaster)

Il y a des albums qui divisent par leur audace, d’autres par leur timidité. In Through the Out Door, huitième et dernier opus studio de Led Zeppelin, appartient résolument à la première catégorie. Sorti en 1979, ce disque cristallise une époque où le groupe, déjà légendaire, cherchait à se réinventer sans trahir son ADN. Le résultat ? Une œuvre inégale, certes, mais traversée par une mélancolie et une sophistication qui en font l’un des chapitres les plus intrigants de leur discographie.

Dès les premières notes de « In the Evening », on devine que Zeppelin a troqué ses riffs monolithiques pour une palette plus nuancée. Le synthétiseur de John Paul Jones y règne en maître, enveloppant la voix de Robert Plant d’une brume électronique qui rappelle autant le prog des années 70 que les prémices de la new wave. Plant, lui, livre l’une de ses performances les plus vulnérables, notamment sur « All My Love », une ballade déchirante écrite en mémoire de son fils Karac, décédé deux ans plus tôt. La guitare de Jimmy Page, souvent reléguée au second plan, y pleure avec une retenue inhabituelle, comme si le poids du chagrin l’empêchait de s’embraser.

Pourtant, In Through the Out Door n’échappe pas aux écueils. « Hot Dog », avec son rockabilly parodique, sonne comme une blague de potache qui aurait mal vieilli, tandis que « Carouselambra », malgré ses neuf minutes d’expérimentations, peine à trouver une cohérence. Le groupe semble parfois hésiter entre l’envie de surprendre et la peur de décevoir. Mais c’est précisément cette tension qui rend l’album fascinant. Quand Zeppelin ose, comme sur « Fool in the Rain » avec son rythme de samba inattendu, le résultat est magique. La batterie de John Bonham, toujours aussi puissante, y danse avec une précision chirurgicale, prouvant que le groupe n’avait rien perdu de sa virtuosité.

Le remaster, comme souvent avec les rééditions de Zeppelin, ne révolutionne pas l’écoute, mais affine les textures. Les basses de Jones y gagnent en profondeur, et la voix de Plant, plus présente, révèle des nuances jusque-là étouffées. On regrettera peut-être que le mixage original, déjà très orienté synthés, n’ait pas été rééquilibré pour laisser plus de place aux guitares. Mais après tout, In Through the Out Door n’a jamais été un album de guitar hero. C’est un disque de transition, un adieu en demi-teinte, une porte entrouverte sur un futur que Zeppelin n’aura jamais l’occasion d’explorer.

Quarante-cinq ans plus tard, l’album reste un objet de controverse. Certains y voient un déclin, d’autres une renaissance avortée. Une chose est sûre : In Through the Out Door est le seul disque de Zeppelin où l’on entend le groupe respirer, hésiter, douter. Et c’est peut-être pour cela qu’il continue de hanter nos imaginaires.

Sources

AllMusic Led Zeppelin: In Through the Out Door

Metacritic In Through the Out Door [Remastered]

Discogs Led Zeppelin In Through The Out Door

ProgArchives LED ZEPPELIN In Through the Out Door reviews

Popdose Reissue Review: Led Zeppelin, “In Through the Out Door”

David Marlow

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