Seventeen Seconds : l’album sombre qui a défini The Cure

David Marlow David Marlow Musique 3 min de lecture
Seventeen Seconds : l’album sombre qui a défini The Cure

Seventeen Seconds : quand The Cure a cessé de sourire

Il y a des albums qui agissent comme des chambres froides, où chaque note résonne comme un écho dans un couloir vide. Seventeen Seconds, deuxième opus de The Cure sorti en 1980, en fait partie. Après le minimalisme post-punk et les éclats pop désenchantés de Three Imaginary Boys, Robert Smith et ses acolytes plongent dans une obscurité plus dense, plus méthodique. Ce n’est pas encore la noirceur cathartique de Faith ou Pornography, mais quelque chose de plus insidieux : une mélancolie qui s’installe comme une brume tenace, impossible à dissiper.

Dès l’ouverture, A Reflection pose le décor. Deux minutes de silence presque absolu, troublées seulement par des nappes de synthé lointaines et un murmure à peine audible. C’est l’équivalent sonore d’une porte qui grince dans une maison abandonnée. Puis vient A Forest, ce monument de tension post-punk où la basse de Simon Gallup serpente comme un courant souterrain, tandis que la guitare de Smith grésille comme une radio mal réglée. Le morceau, souvent cité comme un classique du groupe, est une machine à angoisse parfaitement huilée, où chaque répétition semble creuser un peu plus le vide.

Le reste de l’album suit cette logique implacable. Play for Today et At Night oscillent entre mélodies envoûtantes et désespoir latent, avec des paroles qui évoquent l’isolement, l’attente, l’impossibilité de communiquer. Smith chante d’une voix atone, presque détachée, comme s’il observait sa propre détresse de loin. Les titres instrumentaux, Three et Seventeen Seconds, renforcent cette impression de flottement, avec des boucles hypnotiques qui donnent l’impression d’être prisonnier d’un rêve éveillé.

Le départ du bassiste Michael Dempsey, remplacé par Gallup, marque un tournant dans le son du groupe. Moins pop, plus sombre, la section rythmique devient un bloc monolithique, obsédé par la répétition plutôt que par la virtuosité. C’est cette rigidité qui donne à Seventeen Seconds son caractère unique : une froideur calculée, presque clinique, qui contraste avec l’émotion brute qui s’en dégage. On est loin des mélodies entraînantes de Boys Don’t Cry, mais c’est précisément ce qui rend cet album fascinant. The Cure y abandonne toute velléité de séduction pour embrasser pleinement son côté sombre, comme s’ils avaient décidé, une fois pour toutes, de ne plus faire semblant d’aller bien.

Si Seventeen Seconds a parfois été jugé trop austère, voire « raté » par certains, c’est peut-être parce qu’il refuse les compromis. Il ne cherche pas à plaire, mais à hanter. Et dans cette quête d’authenticité, il pose les bases de tout ce que The Cure deviendra par la suite : un groupe capable de transformer la douleur en quelque chose de beau, de nécessaire.

Sources

Album of The Year Seventeen Seconds reviews

JJRedy’s review of Seventeen Seconds

User reviews of Seventeen Seconds on Album of The Year

Punknews.org Seventeen Seconds review

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David Marlow

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