Coda (Deluxe Edition) de Led Zeppelin : l’ultime héritage rock
Led Zeppelin Coda (Deluxe Edition) : l’écho d’une légende qui refuse de s’éteindre
Quarante ans après sa sortie initiale, Coda reste le fantôme le plus tenace de la discographie de Led Zeppelin. Pas un album à proprement parler, mais une compilation posthume de chutes de studio et de raretés assemblées à la hâte après la mort de John Bonham, ce disque a longtemps souffert d’une réputation d’inabouti. La Deluxe Edition de 2015, remasterisée et enrichie de sept titres inédits, ne réécrit pas l’histoire—elle l’approfondit, révélant les strates d’un groupe qui, même dans l’improvisation ou l’abandon, ne perdait jamais son génie.
Le cœur de cette réédition bat au rythme des inédits, et c’est là que réside sa plus grande force. Sugar Mama, enregistrée en 1968 lors des sessions de Led Zeppelin I, est un blues électrique brut, où la voix de Robert Plant, encore juvénile, se mêle aux riffs acérés de Jimmy Page. Le morceau, jamais finalisé à l’époque, sonne aujourd’hui comme une relique d’une époque où le quatuor n’avait pas encore sculpté son mythe. Plus surprenant encore, St. Tristan’s Sword et les versions indiennes de Four Sticks et Friends—enregistrées en 1972 avec des musiciens locaux—offrent une plongée dans l’expérimentation pure. Ces prises, où les tablas et les sitars s’entrelacent aux guitares, prouvent que Zeppelin n’a jamais cessé de chercher, même hors des sentiers battus.
Le reste de l’album, dans sa version originale, reste un patchwork inégal. We’re Gonna Groove, capté en live en 1970, dégage une énergie contagieuse, tandis que Wearing and Tearing, issu des sessions de In Through the Out Door, est un rockabilly furieux, presque punk avant l’heure. Mais c’est dans les silences entre les morceaux que l’on perçoit l’ombre de Bonham. Son absence pèse, surtout dans Bonzo’s Montreux, solo de batterie enregistré en 1976, où sa virtuosité éclate comme un dernier feu d’artifice.
La Deluxe Edition ne transforme pas Coda en chef-d’œuvre méconnu. Elle en fait un objet plus complexe, plus humain. Ces bandes, sorties des archives, rappellent que Led Zeppelin n’a jamais été un groupe figé dans le marbre. Même leurs ébauches portent la marque d’une audace rare. Le son, remasterisé avec soin, restitue chaque nuance—des graves profonds de John Paul Jones aux distorsions saturées de Page—avec une clarté qui rend justice à leur héritage. Si l’album original était un adieu en demi-teinte, cette version élargie est une invitation à réécouter, à redécouvrir, à ne pas refermer le livre trop vite.
Parce qu’au fond, Coda n’a jamais vraiment été une fin. Juste une porte entrouverte sur tout ce qui aurait pu être.
Sources
Ultimate Classic Rock Led Zeppelin, ‘Presence,’ ‘In Through the Out Door’ and ‘Coda’ Deluxe Editions: Album Review
Rolling Stone Led Zeppelin ‘Coda (Reissue)’ Album Review
Discogs Led Zeppelin Coda 3 x Vinyl (Deluxe Edition, Remastered, Stereo), 2015
AllMusic Led Zeppelin: Coda Tracks & Reviews
Metacritic Coda [Remastered] by Led Zeppelin Reviews and Tracks
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