GitLike : l’open source peut-il échapper aux géants du cloud ?

Olivier Tech Olivier Tech Dev 5 min de lecture
GitLike : l’open source peut-il échapper aux géants du cloud ?

GitLike, ou comment l’open source pourrait enfin échapper aux géants du cloud

Il y a quelque chose de profondément ironique dans le fait que Git, l’outil qui a permis la plus grande décentralisation du code de l’histoire, soit aujourd’hui presque entièrement contrôlé par une seule entreprise. GitHub, racheté par Microsoft en 2018, héberge plus de 400 millions de dépôts et domine le paysage du développement collaboratif. Pourtant, son modèle centralisé pose des questions qui deviennent de plus en plus pressantes à mesure que les tensions géopolitiques et les enjeux de souveraineté numérique s’intensifient. Que se passerait-il si GitHub décidait soudainement de bloquer l’accès à certains pays ? Ou si une panne majeure paralysait des millions de projets pendant des heures, comme cela est déjà arrivé ? C’est dans ce contexte qu’un développeur serbe, Branislav Đalić, a lancé GitLike, une alternative audacieuse qui réinvente GitHub en s’appuyant sur IPFS, le protocole de stockage décentralisé.

L’idée n’est pas nouvelle, mais son exécution l’est. GitLike ne se contente pas de proposer une simple copie de GitHub sur un réseau pair-à-pair. Il repense entièrement la manière dont les dépôts sont stockés, partagés et synchronisés. Contrairement à GitHub, où tout repose sur des serveurs centralisés, GitLike utilise IPFS pour fragmenter les données en petits morceaux cryptographiquement liés, dispersés sur des milliers de nœuds à travers le monde. Chaque dépôt devient ainsi un objet immuable, accessible tant qu’au moins un nœud du réseau en conserve une copie. La magie réside dans le fait que cette approche élimine le risque de censure ou de suppression arbitraire. Si GitHub venait à disparaître demain, les dépôts GitLike, eux, continueraient d’exister.

Mais la décentralisation a un prix. Les performances, par exemple, sont un défi de taille. Sur GitHub, un *git clone* est quasi instantané, car les données sont stockées sur des serveurs optimisés et proches des utilisateurs. Avec IPFS, la vitesse dépend du nombre de nœuds qui hébergent les fragments du dépôt et de leur proximité géographique. Đalić a dû ruser pour contourner ce problème. GitLike utilise un système de « pinning » intelligent, où les utilisateurs peuvent choisir de « fixer » leurs dépôts sur des nœuds stratégiquement placés, comme des serveurs en Europe ou aux États-Unis, pour accélérer les accès. Il a également intégré un mécanisme de cache local, permettant aux développeurs de travailler hors ligne avant de synchroniser leurs modifications une fois reconnectés.

Un autre obstacle majeur est la question de la gouvernance. GitHub, malgré ses défauts, offre une expérience utilisateur polie, avec des outils comme les *pull requests*, les *issues* ou les *actions* qui ont façonné les habitudes des développeurs. GitLike, en revanche, doit tout réinventer. Pour l’instant, le projet propose une interface web minimaliste, inspirée de GitHub mais simplifiée, où les fonctionnalités collaboratives sont encore limitées. Đalić mise sur la communauté pour combler ces lacunes. Il a ouvert le code de GitLike sous licence MIT et encourage les contributions, avec l’espoir que des développeurs du monde entier viennent enrichir l’outil. Une approche qui rappelle les débuts de Linux, où une poignée de passionnés a bâti un système d’exploitation en partant de presque rien.

L’aspect le plus fascinant de GitLike réside peut-être dans sa philosophie. En s’appuyant sur IPFS, le projet s’inscrit dans un mouvement plus large qui cherche à redonner aux utilisateurs le contrôle de leurs données. IPFS, créé par Protocol Labs, est déjà utilisé par des projets comme Filecoin, un réseau de stockage décentralisé, ou Brave, le navigateur qui bloque les publicités. Mais GitLike pousse la logique encore plus loin en appliquant ces principes à l’un des outils les plus critiques de l’écosystème tech. Si le projet parvient à convaincre, il pourrait bien devenir un modèle pour d’autres plateformes collaboratives, des wikis aux réseaux sociaux, en passant par les outils de gestion de projet.

Bien sûr, GitLike n’est pas encore prêt à remplacer GitHub. Le projet en est à ses balbutiements, et son adoption reste confidentielle. Mais il pose une question fondamentale : à l’ère des géants du cloud, où chaque aspect de notre vie numérique dépend d’une poignée d’entreprises, est-il encore acceptable de confier nos outils les plus essentiels à des entités centralisées ? La réponse de Đalić est claire. Pour lui, la décentralisation n’est pas une option, mais une nécessité. Et si GitLike ne devient jamais aussi populaire que GitHub, il aura au moins eu le mérite de rappeler que d’autres modèles sont possibles.

Sources

Korben, GitLike – Le GitHub décentralisé sur IPFS, Korben.info, mai 2026.

Protocol Labs, IPFS Documentation, ipfs.tech.

Branislav Đalić, GitLike – A decentralized Git hosting platform, gitlike.dev, 2026.

Olivier Tech

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