Trax Cordero dévoile son album « Boom Bap Rap » : retour aux sources
Trax Cordero nous livre avec Boom Bap Rap (2023) un album de toute beauté.
Trax Cordero réinvente le boom bap avec l’élégance d’un puriste
Il y a des disques qui agissent comme des machines à remonter le temps, non pas pour nous enfermer dans la nostalgie, mais pour nous rappeler que certaines esthétiques sont intemporelles parce qu’elles sont, avant tout, intemporellement justes. Boom Bap Rap, le dernier opus de Trax Cordero, est de ceux-là. Sorti en 2023, ce projet s’inscrit dans une tradition tout en la réinventant avec une fraîcheur qui force l’admiration. Le boom bap, ce sous-genre du hip-hop né dans les années 90, caractérisé par ses kicks lourds, ses snares claquant comme des coups de feu et ses samples jazzy ou soul, a connu des hauts et des bas. Pourtant, il n’a jamais vraiment disparu. Il a simplement attendu son heure, tapi dans l’ombre des tendances éphémères, prêt à resurgir dès qu’un artiste aurait l’audace de le brandir comme une arme de résistance culturelle.
Trax Cordero, dont le pseudonyme évoque à la fois la précision d’un beatmaker et la rudesse d’un MC des rues, semble avoir compris cette mission. Avec Boom Bap Rap, il ne se contente pas de rendre hommage à l’âge d’or du hip-hop new-yorkais. Il en extrait l’essence pour la réinjecter dans un contexte contemporain, sans jamais tomber dans le pastiche. Le résultat est un album qui respire l’authenticité, où chaque mesure semble avoir été ciselée avec la patience d’un orfèvre et l’énergie d’un guerrier.
Un son qui frappe comme un uppercut
Dès les premières secondes de Boom Bap Rap, on est saisi par la puissance brute de la production. Le titre éponyme, qui ouvre l’album, est un manifeste en soi. Les kicks, secs et percutants, s’enchaînent avec une régularité métronomique, tandis que les snares, placés avec une précision chirurgicale, claquent comme des coups de fouet. Le sample, subtil mais omniprésent, ajoute une couche de sophistication, rappelant les grands classiques de Pete Rock, DJ Premier ou Q-Tip. Trax Cordero ne se contente pas de reproduire ces codes. Il les réinterprète avec une modernité qui évite soigneusement les pièges du revivalisme stérile.
L’un des grands mérites de cet album réside dans sa capacité à marier l’ancien et le nouveau sans que cela paraisse forcé. Les flows de Trax Cordero, tantôt posés, tantôt plus agressifs, s’adaptent parfaitement aux instrumentaux, comme s’ils avaient été conçus dans la même pièce, au même moment. Ses textes, quant à eux, oscillent entre introspection et célébration, avec une plume qui rappelle parfois les meilleurs moments de Nas ou de Black Thought. Il y a dans ses mots une maturité rare pour un artiste indépendant, une capacité à parler de la rue sans tomber dans les clichés, à évoquer ses doutes sans verser dans le misérabilisme.
Prenons par exemple le morceau Underground Pound, dont les paroles, extraites des sources disponibles, résument à elles seules l’esprit de l’album. « We break em down every time that they come around / Hear the sound, feel it pound like it’s underground ». Ces vers, simples en apparence, sont en réalité une déclaration d’intention. Trax Cordero y affirme sa fidélité à une certaine idée du hip-hop, celle qui privilégie l’énergie brute et l’authenticité à la surproduction et aux effets de mode. Le « underground » qu’il évoque n’est pas tant un lieu qu’un état d’esprit, une manière de concevoir la musique comme un acte de résistance face à l’uniformisation culturelle.
La cohérence comme maître-mot
Ce qui frappe également dans Boom Bap Rap, c’est sa cohérence. Dans une époque où les albums sont souvent conçus comme des collections de singles, Trax Cordero a choisi de livrer un projet pensé comme un tout. Chaque morceau s’enchaîne avec fluidité, sans temps mort, comme si l’artiste avait voulu offrir une expérience immersive, presque cinématographique. Cette approche n’est pas sans rappeler les grands albums conceptuels du boom bap, comme The Low End Theory de A Tribe Called Quest ou Illmatic de Nas, où chaque titre contribue à une narration plus large.
Cette cohérence est d’autant plus remarquable qu’elle est le fruit d’un travail solitaire. Comme le soulignait New Noise Magazine dans un article consacré au boom bap en 2022, la formule « un beatmaker, un MC » a souvent donné naissance à des disques d’une texture unique. Trax Cordero semble avoir pleinement intégré cette leçon. En assumant à la fois les rôles de producteur et d’interprète, il évite les écueils de la surproduction et garde le contrôle total sur son univers sonore. Le résultat est un album qui sonne incroyablement organique, comme si chaque note avait été choisie avec soin, chaque rime pesée au trébuchet.
Cette approche minimaliste, loin d’être une limitation, devient une force. Elle permet à Trax Cordero de se concentrer sur l’essentiel : le groove, les textes, l’émotion. Les instrumentaux, dépouillés de tout superflu, laissent respirer les voix et mettent en valeur les flows. Les samples, judicieusement sélectionnés, apportent une touche de mélancolie ou de joie selon les morceaux, créant une dynamique qui maintient l’auditeur en haleine du début à la fin. On pense parfois à Only Built 4 Cuban Linx… de Raekwon, où chaque élément, aussi discret soit-il, contribue à l’atmosphère générale de l’album.
Un pont entre les générations
L’un des aspects les plus fascinants de Boom Bap Rap est sa capacité à parler à la fois aux puristes et aux nouvelles générations. Pour les premiers, l’album est un rappel de ce qui a fait la grandeur du hip-hop : des beats qui cognent, des textes qui racontent des histoires, une production qui respire l’authenticité. Pour les seconds, il offre une porte d’entrée vers un son qu’ils n’ont peut-être pas connu à sa source, mais qu’ils peuvent redécouvrir avec un regard neuf.
Trax Cordero évite soigneusement les pièges du « c’était mieux avant ». Il ne se contente pas de reproduire les recettes du passé. Il les actualise, les réinterprète, les fait siennes. Ses références sont claires, mais son approche est résolument moderne. Il y a dans sa musique une énergie qui rappelle que le boom bap n’est pas un genre figé, mais une esthétique vivante, capable d’évoluer avec son temps. Cette capacité à créer un pont entre les époques est sans doute l’une des raisons pour lesquelles Boom Bap Rap résonne avec une telle force.
On pourrait d’ailleurs voir dans cet album une réponse aux débats qui agitent régulièrement la communauté hip-hop. Comme le soulignait un utilisateur de Reddit dans un fil de discussion consacré au boom bap, les frontières entre les sous-genres du hip-hop sont souvent floues, et c’est tant mieux. Trax Cordero semble avoir intégré cette idée. Son album n’est pas une tentative de ressusciter un son mort, mais une preuve que ce son n’a jamais vraiment disparu. Il a simplement attendu qu’un artiste vienne le réactiver, lui redonner vie avec la passion et le talent nécessaires.
Un manifeste pour l’indépendance
Enfin, Boom Bap Rap est aussi un manifeste pour l’indépendance artistique. Dans un paysage musical de plus en plus dominé par les majors et les algorithmes, Trax Cordero prouve qu’il est encore possible de créer de la grande musique en dehors des circuits traditionnels. Son album, distribué de manière indépendante, est la preuve que la qualité finit toujours par trouver son public, même sans le soutien des grandes machines marketing.
Cette indépendance se ressent dans chaque aspect du projet. Les choix artistiques, les collaborations, la production : tout porte la marque d’un artiste qui refuse de se laisser dicter sa conduite. Trax Cordero assume pleinement ses influences, mais il les dépasse pour créer quelque chose de personnel, de unique. Son album n’est pas une copie, mais une réinvention, une preuve que le boom bap peut encore surprendre, encore émouvoir, encore faire danser.
En refermant Boom Bap Rap, on ne peut s’empêcher de penser que le hip-hop, dans ce qu’il a de plus pur, de plus essentiel, est entre de bonnes mains. Trax Cordero n’a pas seulement livré un excellent album. Il a rappelé à tous ceux qui l’avaient oublié que le boom bap n’est pas un genre du passé, mais une esthétique intemporelle, capable de se renouveler sans cesse. Et ça, c’est peut-être la plus belle des victoires.
Sources
Les extraits et références cités dans cet article proviennent des sources suivantes :
Boomplay pour les paroles de Boom Bap Rap et les informations sur l’album. YouTube pour la lyric video officielle du single éponyme. New Noise Magazine pour son article sur le boom bap en 2022. Boom Bap Reviews, un blog dédié à l’analyse du sous-genre. Enfin, Reddit, et plus précisément le fil de discussion r/hiphop101, pour les échanges autour des caractéristiques du boom bap.
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