BabyTron dévoile son mix exclusif « New Year, Same Tron »

David Marlow David Marlow Hip-Hop 7 min de lecture
BabyTron dévoile son mix exclusif « New Year, Same Tron »

BabyTron nous livre avec « New Year, Same Tron » (DJ Ess Mixx) sorti en 2024 une œuvre qui mérite d’être écoutée.

BabyTron et DJ Ess réinventent la Detroit trap avec un flow qui défonce les enceintes

Quand on parle de rap de Détroit en 2024, un nom s’impose avec la régularité d’un kick de 808 et la précision d’un snare bien placé BabyTron. Le jeune prodige de la scène trap locale, déjà connu pour son flow décomplexé et ses punchlines qui claquent comme des coups de feu dans un clip de Michael Mann, revient avec un projet qui sent la poudre et le Red Bull tiède. New Year, Same Tron (DJ Ess Mixx) n’est pas qu’un simple album, c’est une déclaration de guerre aux conventions, une célébration de l’excès et une preuve que le son de Motor City n’a pas fini de nous surprendre.

Dès les premières secondes du mix, on comprend que DJ Ess, ce sorcier des platines qui a déjà travaillé avec les plus grands noms de la scène underground, a capturé l’essence même de BabyTron. Le son est brut, presque sale, comme si les morceaux avaient été enregistrés dans un sous-sol humide de Détroit avec un micro volé dans un studio d’enregistrement. Pourtant, cette apparente négligence est en réalité une signature. BabyTron et DJ Ess jouent avec les codes de la trap comme d’autres jouent avec des allumettes dans une station-service. Le résultat est explosif.

Un flow qui défonce les tympans et les attentes

BabyTron a cette capacité rare à transformer des phrases anodines en véritables déclarations de guerre. Sur New Year, Same Tron, il enchaîne les couplets avec une aisance déconcertante, passant du sarcasme le plus cinglant à une autodérision qui désamorce toute critique. Son flow, à la fois nonchalant et ultra-précis, rappelle les grands noms du rap sudiste, mais avec une touche de folie typiquement détroitienne. Il y a quelque chose de presque punk dans sa manière d’aborder la musique, comme s’il se moquait éperdument des règles et des attentes.

Les productions, signées en grande partie par DJ Ess, sont un mélange savant de basses monstrueuses, de mélodies hypnotiques et de samples qui semblent tout droit sortis d’un film de blaxploitation. Le beat de No Hook, par exemple, est une véritable claque. Il commence par une ligne de basse qui semble sortir des entrailles de la terre, avant d’exploser en un rythme syncopé qui donne envie de tout casser. BabyTron, lui, pose sa voix avec une désinvolture qui frise le génie. Il rappe comme s’il était en train de raconter une blague à ses potes dans un bar, mais chaque mot est calculé pour frapper là où ça fait mal.

Et puis il y a ces moments où tout bascule. Comme sur Ghost Ride, où le beat se fait soudain plus aérien, presque mélancolique, avant de retomber dans une pluie de hi-hats et de kicks. BabyTron en profite pour lâcher quelques-unes de ses punchlines les plus cinglantes, comme s’il voulait nous rappeler que derrière le masque du clown se cache un rappeur d’une intelligence redoutable. C’est cette dualité qui fait tout le sel de son art. Il peut être à la fois le bouffon et le roi, le gamin des rues et le stratège.

DJ Ess, l’architecte invisible

Si BabyTron est le visage de ce projet, DJ Ess en est l’âme. Ce producteur, qui a déjà marqué la scène hip-hop avec des mixes qui sentent la sueur et l’adrénaline, a su capturer l’énergie brute de BabyTron et la sublimer. Son travail sur New Year, Same Tron est une masterclass en matière de production trap. Il mélange les influences avec une audace qui force le respect. On retrouve des échos de la trap d’Atlanta, des beats lourds de Houston, et même des touches de drill de Chicago, le tout passé à la sauce Détroit.

Mais ce qui frappe le plus, c’est la manière dont DJ Ess utilise les silences. Dans un genre où l’on a souvent tendance à tout remplir, à saturer l’espace sonore, il laisse respirer les morceaux. Les breaks sont calculés au millimètre, les drops tombent au moment où on les attend le moins, et les transitions entre les morceaux sont si fluides qu’on a l’impression d’écouter une seule et même œuvre. C’est un travail de précision, presque chirurgical, qui contraste avec l’énergie chaotique de BabyTron. Et c’est cette tension entre ordre et chaos qui donne à ce mix sa saveur unique.

Il faut aussi souligner l’importance des featurings, même si BabyTron reste le maître à bord. Les invités, comme sur Shitty Boyz Anthem, apportent une couleur supplémentaire au projet. Leurs flows s’entremêlent avec celui de BabyTron dans une danse hypnotique, comme si chaque rappeur essayait de voler la vedette à l’autre sans jamais y parvenir tout à fait. C’est cette compétition amicale, cette émulation constante, qui donne à l’album une dynamique rare.

Un projet qui résume l’état d’esprit de la trap en 2024

New Year, Same Tron (DJ Ess Mixx) est bien plus qu’un simple album. C’est un manifeste, une déclaration d’intention, une preuve que la trap n’a pas fini de se réinventer. BabyTron et DJ Ess ont réussi à capturer l’esprit d’une génération qui refuse les cases, qui mélange les influences sans complexe, et qui considère la musique comme un terrain de jeu sans limites. Leur projet est à la fois un hommage aux racines du genre et une exploration de ses possibles futurs.

On y retrouve toute la violence et la mélancolie de la trap, mais aussi une forme de légèreté, presque de joie, qui est trop souvent absente des projets du genre. BabyTron ne se prend pas au sérieux, et c’est ce qui le rend si attachant. Il rappe comme s’il s’amusait, comme si chaque couplet était une blague qu’il se faisait à lui-même. Et pourtant, derrière cette apparente désinvolture, il y a une vraie réflexion sur ce que signifie être un artiste en 2024. Comment rester fidèle à ses racines tout en explorant de nouvelles voies ? Comment concilier l’énergie brute de la rue avec les attentes d’un public de plus en plus large ?

La réponse de BabyTron est simple. Il suffit de faire ce qu’on aime, sans se soucier des règles. Et c’est exactement ce qu’il fait sur ce projet. New Year, Same Tron est un album qui défonce, qui surprend, qui agace parfois, mais qui ne laisse jamais indifférent. C’est du rap dans sa forme la plus pure, la plus brute, la plus excitante. Et c’est pour ça qu’on l’aime.

Alors oui, 2024 sera peut-être la même année que les précédentes pour certains. Mais pour BabyTron, c’est l’occasion de prouver une fois de plus qu’il est l’un des rappeurs les plus excitants de sa génération. Et avec DJ Ess à ses côtés, on se dit que le meilleur est encore à venir.

Sources

Pour écrire cette chronique, plusieurs sources ont été consultées afin de saisir l’essence de New Year, Same Tron (DJ Ess Mixx). Le mix est disponible en streaming sur SoundCloud, où l’on peut apprécier l’intégralité du projet dans toute sa brutalité sonore. Le clip officiel, tourné avec un iPhone et une esthétique volontairement low-fi, est visible sur YouTube, où BabyTron partage son univers avec une désinvolture qui a fait sa marque de fabrique. Enfin, les détails techniques de l’album, ainsi que des critiques complémentaires, sont disponibles sur Album of the Year, qui offre un éclairage intéressant sur la réception du projet par la critique spécialisée.

David Marlow

Partager cet article