Spliiit et Sharesub face au tour de vis des plateformes : pourquoi j’ai signé la pétition « Je paie, je choisis »
Netflix, Spotify, Disney+, YouTube Premium, Canal+, Microsoft 365… Mis bout à bout, nos abonnements numériques finissent par peser lourd. Selon une étude Ipsos réalisée pour Sharesub, les Français y consacrent en moyenne 54 euros par mois. Pour ma part, je réduis ma facture grâce à Spliiit, une plateforme de co-abonnement. Mais les plateformes de streaming ont décidé de serrer la vis, et les sites de partage se retrouvent dans la tourmente. Le 12 octobre 2026, les fondateurs de Spliiit et de Sharesub ont lancé une pétition à l’Assemblée nationale. Je l’ai signée, et voici pourquoi.
Le co-abonnement, comment ça marche
Le principe est simple. Beaucoup d’abonnements sont vendus avec plusieurs accès : un forfait famille Spotify, un abonnement Microsoft 365 pour six personnes, une offre Deezer Famille… Souvent, toutes les places ne sont pas utilisées. Le titulaire de l’abonnement les propose alors sur une plateforme, et d’autres personnes les rejoignent en payant leur part.
Spliiit et Sharesub sont les deux grands acteurs français de ce marché. Ils jouent le rôle de tiers de confiance :
- Le paiement est sécurisé : l’argent transite par un établissement de paiement agréé, et les coordonnées bancaires ne sont jamais partagées entre membres.
- L’accès est garanti : si l’abonnement ne fonctionne pas, vous êtes remboursé.
- Il n’y a pas d’engagement : vous quittez le groupe quand vous voulez, à la fin du mois en cours.
- Le choix est large : plus de 300 abonnements sur Spliiit, plus de 700 services annoncés sur Sharesub, qui revendique plus de 900 000 utilisateurs.
Côté prix, la différence se voit tout de suite. Sur Spliiit, on trouve par exemple une place Prime Video à 3,03 euros par mois, Microsoft 365 à 2,87 euros, Duolingo à 2,79 euros ou Nintendo Switch Online à 1,37 euro. Sur Sharesub, une place dans un groupe Spotify Famille est affichée à 2,67 euros par mois. Sharesub annonce une économie moyenne de 480 euros par an pour ses membres.
Le tour de vis des plateformes
Le problème, c’est que les services de streaming voient ce partage d’un mauvais œil. Leurs conditions d’utilisation réservent de plus en plus les offres multi-comptes à un « foyer », une « famille » ou une même adresse.
- Netflix a ouvert le bal en 2023 avec la fin du partage de mot de passe hors du foyer, remplacé par une option payante d’abonné supplémentaire. Le service repère le foyer principal à partir des connexions et des adresses IP.
- Spotify exige que tous les membres d’un abonnement Famille vivent à la même adresse, et se réserve le droit de redemander une vérification de l’adresse à tout moment.
- D’autres plateformes ont suivi le même chemin : plutôt que de supprimer leurs offres de groupe, elles ont ajouté des options payantes pour les personnes extérieures au foyer.
Résultat : vous payez un abonnement pour six personnes, mais vous ne pouvez pas choisir qui les utilise. Et pour vérifier que vous respectez ces règles, les plateformes doivent collecter des données personnelles : localisation, adresse IP, habitudes de connexion.
Spliiit condamné en première instance
Le coup le plus dur est tombé au printemps. Fin mai 2026, le tribunal judiciaire de Paris a donné raison à Apple, Netflix et Disney contre Spliiit. La plateforme a été condamnée pour concurrence déloyale, contrefaçon de marque et complicité de violation des conditions d’utilisation de ces services.
Concrètement, Spliiit a dû cesser immédiatement le partage des abonnements de ces trois plateformes, et verser une provision de 785 000 euros (630 000 euros pour Netflix, 120 000 euros pour Disney et 35 000 euros pour Apple), plus 49 000 euros de frais de justice. Le montant définitif sera calculé plus tard, à partir de l’historique des ventes.
Jonathan Lalinec, cofondateur de Spliiit, a annoncé faire appel, en dénonçant une « décision consternante ». L’appel est en cours, mais aucune décision n’est attendue avant 2028. Sharesub, de son côté, n’est pas partie à cette affaire.
Netflix, Disney+ et Apple TV ont donc disparu du catalogue de Spliiit. Le reste du catalogue, lui, reste accessible.
« Je paie, je choisis » : la pétition à l’Assemblée nationale

Plutôt que de se battre chacun de leur côté, les deux concurrents ont décidé de s’unir. Le 12 octobre 2026, Jonathan Lalinec (Spliiit) et Jean-Brice de Cazenove (Sharesub) ont lancé une pétition officielle sur le site de l’Assemblée nationale, intitulée « Abonnements numériques : garantir le droit d’utiliser les places payées ».
Leur idée tient en une phrase : « Une place payée doit être une place utilisable. » Si vous achetez un abonnement à plusieurs accès, vous devez pouvoir choisir qui les utilise, sans condition de foyer, d’adresse ou de lien familial. Les plateformes resteraient libres de fixer leurs prix, et toute restriction devrait être clairement annoncée avant l’achat.
Cette pétition soutient un texte déjà déposé : la proposition de loi n° 3101, enregistrée le 23 juillet 2026 par les députés Mickaël Bouloux et Pierrick Courbon, et cosignée notamment par Éric Bothorel, Philippe Latombe et Virginie Duby-Muller. Elle vise à inscrire ce droit dans le Code de la consommation. Le sujet avait déjà été soulevé au Parlement par des questions écrites d’Éric Bothorel en juin et du sénateur Patrick Chaize en juillet.
Les fondateurs insistent sur un point : il ne s’agit pas de défendre le piratage, l’IPTV illégale ou le partage de mot de passe d’un compte individuel. Pour Jean-Brice de Cazenove, les utilisateurs « ne sont pas en train de tricher » : ils occupent simplement une place qu’un autre a payée.
Et les situations où la règle du « foyer » ne tient pas debout sont nombreuses : un couple qui vit dans deux villes, des parents séparés en garde alternée, un étudiant parti faire ses études loin de chez lui, des voisins qui partagent un abonnement… L’Insee recense plus d’un million de ménages dits « complexes » en France.
Pourquoi j’ai signé ?
Je profite moi-même des avantages de Spliiit, et je n’y vois rien de malhonnête. La place que j’occupe a été payée, et le titulaire de l’abonnement est remboursé d’une partie de sa dépense.
Tout le monde y gagne, y compris la plateforme, qui garde un abonné qu’elle aurait peut-être perdu : selon Jonathan Lalinec, un utilisateur de Spliiit sur trois se passerait totalement du service sans le partage.
Dans un contexte où les prix des abonnements ne cessent d’augmenter, pouvoir partager les frais n’est pas un luxe. C’est une question de pouvoir d’achat. Alors oui, j’ai signé, et je vous invite à en faire autant.
Comment signer la pétition
La signature se fait sur la plateforme officielle de l’Assemblée nationale, avec une identification par FranceConnect (vos identifiants impots.gouv, Ameli ou La Poste suffisent).
- Rendez-vous sur la page de la pétition : petitions.assemblee-nationale.fr/initiatives/i-7210
- Cliquez sur « Signer » et connectez-vous avec FranceConnect.
- Validez votre signature.
Le lendemain de son lancement, la pétition avait déjà recueilli plus de 9 000 signatures. À 100 000 signatures, elle gagne en visibilité sur le site de l’Assemblée. À 500 000 signatures, venues d’au moins 30 départements ou collectivités d’outre-mer, elle peut faire l’objet d’un débat en séance publique. Elle reste ouverte jusqu’en juin 2029. Le site jepaiejechoisis.fr détaille aussi les arguments de la campagne.
Continuer à faire des économies, dès maintenant
En attendant que la loi évolue, le co-abonnement reste un excellent moyen d’alléger vos dépenses, sur des centaines de services : musique, vidéo, logiciels, jeux, presse, VPN, applications d’apprentissage…
- Spliiit : plus de 300 abonnements partageables, des applications iOS et Android, un service client en semaine, et la formule « satisfait ou remboursé ».
- Sharesub : plus de 700 services, aucun frais pour les propriétaires qui partagent leurs places, et une protection des achats avec remboursement si l’accès ne fonctionne pas.
Un conseil avant de rejoindre un groupe : prenez une minute pour vérifier les conditions d’utilisation du service concerné. Certaines offres autorisent le partage avec des proches qui ne vivent pas sous votre toit, d’autres non. Les plateformes de co-abonnement l’indiquent généralement sur la fiche de chaque service.
FAQ : le co-abonnement en questions
Le co-abonnement est-il légal ?
Aucune loi n’interdit de partager les frais d’un abonnement. En revanche, chaque service fixe ses propres règles dans ses conditions d’utilisation, et certains réservent leurs offres multi-comptes aux membres d’un même foyer. C’est justement pour avoir facilité le partage de Netflix, Disney+ et Apple, contre leurs conditions, que Spliiit a été condamné en première instance, une décision dont il a fait appel. La pétition « Je paie, je choisis » veut précisément clarifier ce point dans la loi.
Qu’est-ce que je risque en tant qu’utilisateur ?
Les actions en justice connues visent les plateformes de co-abonnement, pas leurs utilisateurs. Le risque, pour vous, est surtout pratique : un service qui contrôle le foyer peut retirer un membre d’un abonnement famille, qui repasse alors à l’offre gratuite ou perd son accès. D’où l’intérêt de vérifier les conditions du service avant de rejoindre un groupe.
Que se passe-t-il si l’accès ne fonctionne plus ?
C’est tout l’intérêt de passer par une plateforme plutôt que par un arrangement entre inconnus. Spliiit et Sharesub garantissent l’accès : en cas de problème, vous signalez le souci au service client et vous êtes remboursé.
Mes coordonnées bancaires sont-elles partagées ?
Non. Le paiement passe par un établissement de paiement agréé, et ni le propriétaire de l’abonnement ni les autres membres du groupe n’ont accès à vos coordonnées bancaires.
Suis-je engagé sur la durée ?
Non. Vous payez au mois et vous pouvez quitter un groupe à tout moment : l’arrêt prend effet à la fin du mois en cours.
Quelle différence entre Spliiit et Sharesub ?
Le fonctionnement est le même. Sharesub annonce un catalogue plus large (plus de 700 services contre plus de 300 sur Spliiit) et ne prend aucun frais aux propriétaires qui partagent leurs places. Spliiit, de son côté, ne propose plus Netflix, Disney+ ni Apple depuis sa condamnation. Le plus simple est de comparer le prix du service qui vous intéresse sur les deux sites.
La signature de la pétition est-elle gratuite ?
Oui. Elle se fait directement sur le site de l’Assemblée nationale, avec une simple connexion FranceConnect, sans aucun frais.
Pour aller plus loin
Et si vous hésitez encore entre plusieurs services de musique, notre comparatif Streaming musical en 2026 : quelle plateforme pour quel usage peut vous aider à choisir celui qui vaut la peine d’être partagé.
Sources : Clubic, iPhoneSoft (d’après L’Informé), BFM TV, site de la pétition de l’Assemblée nationale, jepaiejechoisis.fr, sites de Spliiit et de Sharesub.
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