With The Lights Out : le coffret ultime de Nirvana en grunge
Nirvana With The Lights Out : l’archive brute d’une légende en miettes
Il y a quelque chose de profondément troublant à écouter « With The Lights Out« , ce coffret posthume de Nirvana sorti en 2004, comme si l’on fouillait dans les tiroirs d’un appartement abandonné.
Quatre disques, trois CD et un DVD qui déroulent, dans un désordre à la fois chronologique et chaotique, les dix années d’existence du groupe, de leurs premiers balbutiements dans les garages de Aberdeen jusqu’aux dernières prises de son avant l’effondrement. Ce n’est pas un album, ni même une compilation : c’est une autopsie sonore, un témoignage brut de ce que fut le grunge avant qu’il ne devienne un produit, une relique, une industrie.
Le coffret se présente comme une promesse : 81 titres inédits, des répétitions, des démos, des prises alternatives, des jam sessions captées sur des cassettes qui grésillent. Et c’est là que réside sa force, mais aussi sa limite. Certaines pièces sont des pépites comme cette version embryonnaire de « Smells Like Teen Spirit« , enregistrée en 1990 dans un studio de Seattle, où la mélodie émerge à peine d’un brouillard de distorsion, ou encore ce « Sappy » capté en live en 1994, où la voix de Cobain, rauque et vulnérable, semble sur le point de se briser. Mais pour chaque moment de grâce, il y a des dizaines de minutes de remplissage : des essais ratés, des improvisations sans queue ni tête, des morceaux inachevés qui sonnent comme des ébauches jetées à la hâte.
Le DVD, lui, est une plongée dans l’intimité sordide et géniale du trio. On y voit Cobain, en 1988, hurler « The Immigrant Song » de Led Zeppelin face à un mur, tandis qu’un ami tente de créer un effet stroboscopique en allumant et éteignant une lampe. Ces images, grainées et mal cadrées, ont quelque chose de sacré comme si l’on surprenait le groupe dans un moment de grâce volée, avant que le monde ne les transforme en icônes. Pourtant, même ici, le mythe se fissure : certaines séquences sont si mal enregistrées qu’elles en deviennent presque illisibles, comme si la légende refusait de se laisser saisir.
Les puristes y trouveront leur compte, bien sûr. Les fans obsessionnels qui ont passé des années à traquer les bootlegs de Nirvana reconnaîtront des versions rares de « Polly » ou « Lithium« , ou encore cette reprise de « Here She Comes Now » des Velvet Underground, jouée avec une urgence désespérée.
Mais pour le néophyte, « With The Lights Out » risque de paraître interminable, une montagne de bandes-son à moitié oubliées dont l’intérêt historique prime sur la qualité musicale. Pitchfork avait raison : il y a là assez de matière pour un excellent best-of. Le reste relève du fétichisme.
Ce coffret, en définitive, est moins une célébration qu’un constat. Celui d’un groupe qui a tout donné et tout gâché en quelques années, laissant derrière lui des dizaines d’heures de musique inaboutie, comme autant de preuves de leur génie incomplet. Cobain détestait l’idée de voir ses démos publiées, et on le comprend : « With The Lights Out » n’est pas un hommage, mais une violation. Une violation nécessaire, peut-être, pour ceux qui refusent de voir Nirvana se réduire à trois albums et une poignée de clips.
Mais une violation tout de même.
Sources
- Tinnitist Classic Box Set Review: Nirvana | With the Lights Out
- Rolling Stone With The Lights Out Box Set
- Album of The Year Nirvana With the Lights Out (Box Set) Reviews
- Pitchfork Nirvana: With the Lights Out Album Review
- Inside Pulse Nirvana With The Lights Out Box Set Review
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