Dirty Deeds Done Dirt Cheap : l’hymne hard rock d’AC/DC
AC/DC Dirty Deeds Done Dirt Cheap (1976) : le blues du diable en costume de cuir
Il y a des disques qui sentent la sueur, la bière renversée et l’électricité mal isolée. Dirty Deeds Done Dirt Cheap, troisième album studio d’AC/DC, en est un. Sorti en 1976, ce manifeste du hard rock australien incarne l’apogée crasseuse de l’ère Bon Scott, une époque où le groupe n’avait pas encore cédé aux sirènes du marché américain mais où il cognait déjà comme un marteau-pilon sur les amplis Marshall. Les A&R yankees trouvaient ça trop brut, trop incompréhensible, trop loin des standards radiophoniques. Ils avaient tort. Parce que c’est précisément dans cette raucité, cette absence de compromis, que réside la magie du disque.
Dès les premières notes de la chanson-titre, Dirty Deeds Done Dirt Cheap plante son drapeau dans le rock’n’roll comme un couteau dans une table de bar. Le riff de Malcolm Young, sec et tranchant, est une déclaration de guerre aux conventions. Bon Scott, lui, joue les proxénètes rock avec une délectation sadique, sa voix rauque et traînante transformant chaque syllabe en menace jouissive. Le morceau est une machine de guerre, un appel aux armes pour tous les paumés du jukebox. Et quand Angus Young entre en scène avec son solo, c’est comme si le diable lui-même avait branché sa guitare sur une prise 220 volts.
L’album ne se contente pas de frapper fort. Il varie les plaisirs avec une intelligence rare pour un groupe souvent réduit à son image de bourrins. « Love at First Feel » est un blues torride, où la guitare slide d’Angus grince comme une porte de saloon rouillée. « Big Balls », avec son humour gras et son groove contagieux, prouve qu’AC/DC savait rire d’eux-mêmes sans jamais perdre en puissance. Même les morceaux plus lents, comme « Ride On », révèlent une mélancolie inattendue, une facette plus sombre du groupe où la guitare d’Angus pleure comme un fantôme du Sud.
Pourtant, Dirty Deeds Done Dirt Cheap n’est pas sans défauts. Certains titres, comme « Rocker », frôlent la redite, et l’album souffre par moments d’un manque de cohésion, comme s’il avait été enregistré entre deux tournées éreintantes. Mais c’est aussi ce qui fait son charme. Ce n’est pas un disque poli pour les masses. C’est un objet brut, un témoignage d’une époque où AC/DC jouait comme si chaque concert pouvait être le dernier.
Avec le recul, Dirty Deeds Done Dirt Cheap apparaît comme le chaînon manquant entre le blues rock des origines et le hard rock triomphant des années 80. Il clôt l’ère Bon Scott avec panache, avant que Brian Johnson ne prenne le relais et ne propulse le groupe vers une gloire plus lisse. Mais c’est ici, dans cette saleté assumée, que réside l’âme d’AC/DC. Un disque qui ne demande pas la permission, qui ne fait pas de concessions. Juste du rock, sale et sans remords.
Sources
La Nateramae. AC/DC’s ‘Dirty Deeds Done Dirt Cheap’ Has Grown on Me! | Album Review. 22 février 2021.
Keno.org. Dirty Deeds Done Dirt Cheap AC/DC Album Review.
AllMusic. Dirty Deeds Done Dirt Cheap AC/DC.
Reddit. r/ACDC on Dirty Deeds Done Dirt Cheap. 2023.
Classic Rock Review. Dirty Deeds Done Dirt Cheap by AC/DC Classic Rock Review. 2011.
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