It Was Written de Nas : l’album qui a marqué le hip-hop des années 90

David Marlow David Marlow Hip-Hop 3 min de lecture
It Was Written de Nas : l’album qui a marqué le hip-hop des années 90

Nas It Was Written (1996) : l’ambition comme seconde nature

Il y a des disques qui naissent sous le signe du doute, d’autres qui s’imposent comme une évidence. It Was Written, deuxième album de Nas, appartient à cette étrange catégorie des œuvres qui oscillent entre ces deux pôles sans jamais trancher. Sorti deux ans après Illmatic, ce monument du hip-hop new-yorkais, le projet aurait pu se contenter de reproduire la formule gagnante de son prédécesseur. Au lieu de quoi, Nas et ses producteurs parmi lesquels DJ Premier, Trackmasters et Dr. Dre ont choisi de voir plus grand. Plus large. Plus cinématographique.

Dès l’ouverture, « The Message » plante le décor : des nappes de synthé planantes, une rythmique lourde et une voix qui glisse entre le récit et la prophétie. Nas n’est plus seulement le jeune prodige de Queensbridge, il endosse désormais le costume du conteur, du stratège, du parrain en devenir. Les morceaux s’enchaînent comme les chapitres d’un film de gangsters, avec cette même tension entre l’intime et l’épique. « I Gave You Power », où il prête sa voix à un pistolet, reste une performance narrative inégalée, tandis que « If I Ruled the World (Imagine That) », porté par un sample de Kurtis Blow, transforme un rêve utopique en hymne universel.

Pourtant, c’est précisément cette ambition qui a divisé. Certains y ont vu une trahison de l’authenticité brute d’Illmatic, une concession aux sirènes du mainstream. Les beats, plus lissés, plus accessibles, ont dérouté ceux qui vénéraient les loops poussiéreux et les basses rugueuses du premier opus. Mais réduire It Was Written à une simple opération commerciale, c’est ignorer la maestria avec laquelle Nas manie les mots. Ses rimes, toujours aussi précises, s’adaptent à des univers sonores plus vastes, passant du réalisme social de « Street Dreams » à la fantaisie mafieuse de « Watch Dem Niggas » sans jamais perdre en cohérence.

Le paradoxe de cet album, c’est qu’il est à la fois un chef-d’œuvre et un objet de controverse. Un disque qui assume ses contradictions : entre la rue et le studio, entre la poésie et le business, entre l’héritage de Rakim et les codes du gangsta rap. Nas y déploie une palette lyrique impressionnante, alternant entre arrogance et vulnérabilité, comme sur « Black Girl Lost », où il aborde avec une rare sensibilité les luttes des femmes noires. La production, bien que moins organique qu’Illmatic, n’en est pas moins innovante, intégrant des influences R&B et même des touches de funk psychédélique.

It Was Written n’est pas un disque parfait. Il est trop long, trop dispersé, trop ambitieux pour l’être. Mais c’est précisément cette imperfection qui en fait un classique. Un album qui refuse de se laisser enfermer dans les attentes, qui préfère prendre des risques plutôt que de se reposer sur ses lauriers. Vingt-huit ans après sa sortie, il continue de hanter les esprits, comme un rappel que le hip-hop, à son meilleur, est un art de la métamorphose.

Sources

User Reviews Album of The Year. Nas It Was Written. Lien.

Reviews Album of The Year. Nas It Was Written. Lien.

Genius Discussions. [Review] ‘It Was Written’ by Nas. Lien.

Rate Your Music. Reviews of It Was Written by Nas. Lien.

Ryan Reviews. Nas, It Was Written, hip hop album. Lien.

David Marlow

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