Baghi Nefham – Cheb Nasro | Paroles et Analyse
Il y a quelque chose de vertigineux à voir un vétéran du raï comme Cheb Nasro, plus de 130 albums au compteur, débarquer en 2026 avec Baghi Nefham, un disque qui flirte ouvertement avec les codes du hip-hop contemporain. Ce n’est pas un caprice de fin de carrière ni une tentative désespérée de rester dans l’air du temps : c’est une mutation assumée, presque logique, pour un artiste qui a toujours su absorber les influences de son époque sans jamais perdre sa voix, littéralement.
Le titre lui-même, Baghi Nefham (« je veux comprendre »), résume assez bien la démarche. Nasro ne cherche pas à imiter la jeunesse, il cherche à dialoguer avec elle. Les productions, plus sombres et syncopées que ses classiques des années 90 et 2000, laissent une large place aux basses lourdes et aux structures rythmiques typiquement hip-hop, tout en conservant cette mélancolie propre au raï qui a fait sa réputation sur des titres comme « Ndirek Amour » ou « Ma Rkhalinich ». La voix, toujours reconnaissable entre mille, se pose désormais sur des beats qui auraient été impensables dans son répertoire il y a vingt ans.
Ce qui frappe surtout, c’est l’absence totale de nostalgie forcée. Nasro ne joue pas la carte du raï-rap comme un gadget marketing ; il semble véritablement habité par cette fusion. Les textes, empreints de son écriture habituelle, oscillent entre l’amour, la perte et une forme de sagesse désabusée qui n’est pas sans rappeler ses collaborations passées avec Cheb Hasni. Mais le flow, plus tendu, plus urbain, donne à l’ensemble une tension nouvelle qui tranche avec la fluidité mélodique dont il avait l’habitude.
On pourrait reprocher à Baghi Nefham quelques baisses de régime, notamment dans sa seconde moitié où l’expérimentation cède parfois la place à une certaine prévisibilité rythmique. Mais l’ensemble tient grâce à la sincérité du geste. Ce n’est pas un artiste de 60 ans qui singe la jeunesse : c’est un artiste qui, fidèle à sa réputation de prolifique infatigable, refuse simplement de s’arrêter d’évoluer.
Baghi Nefham n’est peut-être pas le disque qui définira l’héritage de Cheb Nasro, mais il en dit long sur sa capacité à se réinventer sans jamais renier ce qui a fait de lui une figure incontournable du raï algérien.
Sources
chartsinfrance.net, musique-chaabi.blogspot.com, rateyourmusic.com, allmusic.com
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