Gregory Isaacs : More Gregory

David Marlow David Marlow Musique 3 min de lecture
Gregory Isaacs : More Gregory

Dans la discographie tentaculaire de Gregory Isaacs, « More Gregory » occupe une place discrète, celle de ces disques que l’on découvre tard, au détour d’une fouille patiente. Sorti en 1987, l’album compte treize pistes et arrive à un moment où la réputation du chanteur jamaïcain n’est plus tout à fait ce qu’elle était à l’orée des années 1980. Le disque n’a pas le statut d’un « Night Nurse« , l’album de l’artiste le mieux classé dans un palmarès collaboratif comme celui de « Best Ever Albums », mais il a ses défenseurs.

Pour mesurer ce que représente Isaacs, il faut rappeler d’où il vient. Né en 1950 à Fletcher’s Land, élevé à Denham Town, voisin de Trench Town, il s’est fait remarquer adolescent en reprenant Sam Cooke et Otis Redding lors de concerts scolaires. Il enregistre pour la première fois à la fin des années 1960 et fait preuve d’un sens rare de l’indépendance en autoproduisant son premier 45 tours, « Another Heartache« . En 1972, il fonde avec Errol Dunkley une première version du label African Museum, puis connaît son premier succès notable en 1973 avec « All I Have Is Love« . L’année suivante, il entame une collaboration avec Alvin Ranglin de GG Records, et le tube « Love Is Overdue » propulse sa carrière.

Son apogée se situe à la fin des années 1970 et au début des années 1980, avec des parutions chez Virgin, Charisma et Island. Son image, celle d’un hustler au cœur tendre, doit autant à ses chansons d’amour fragiles qu’à ses textes sociaux et à l’affirmation de sa foi rastafari. Les années suivantes seront plus inégales : ses problèmes d’addiction ont laissé, selon le critique David Katz, une abondance de productions en dessous de son niveau, avec quelques joyaux disséminés ici et là.

C’est précisément dans cette zone d’ombre que « More Gregory » trouve son intérêt. Un auditeur sur SensCritique, pourtant fidèle du « Cool Ruler » d’avant la période difficile des années 1980, avoue s’être demandé comment il avait pu passer à côté du disque. Sur Album of the Year, un autre le décrit comme un album « flawless and seductive », un pur plaisir pour amoureux. Ces avis restent des appréciations d’auditeurs, mais ils témoignent d’un attachement porté par des découvertes individuelles plutôt que par un consensus critique.

Voilà peut-être la vraie place de cet album : celle d’une pépite que l’on déniche en creusant dans un catalogue immense, et qui rappelle que la veine romantique d’Isaacs n’avait pas disparu avec l’âge d’or de ses années Island. Pour qui connaît déjà « Night Nurse » et « Cool Ruler » , « More Gregory » est une invitation à ne pas arrêter l’exploration trop tôt.

David Marlow

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