Backtracks d’AC/DC : l’essentiel du hard rock en coffret rare
AC/DC Backtracks : le coffre aux trésors qui grésille encore
Il y a des disques qui ne prétendent pas réinventer la roue, mais qui savent exactement pourquoi elle tourne depuis quarante ans. Backtracks, sorti en 2009, est de ceux-là. Ce coffret de trois CD (ou deux vinyles, pour les puristes) compile raretés studio, faces B oubliées et enregistrements live, offrant une plongée dans les coulisses d’un groupe qui a transformé le hard rock en religion. Pas de révolution ici, juste la confirmation que le riff, quand il est taillé dans le granit comme celui d’Angus Young, n’a pas besoin de se justifier.
Le premier disque, Studio Rarities, est une mine d’or pour les collectionneurs. On y retrouve des pépites comme « Borrowed Time », une chanson écrite à l’époque de Bon Scott qui dégage une urgence rare, ou « Big Gun », ce titre écrit pour Last Action Hero qui prouve que même sous la houlette de Rick Rubin, AC/DC reste AC/DC. Le morceau, avec ses riffs tranchants et son groove implacable, est une anomalie dans leur discographie : un single taillé pour le cinéma, mais qui sonne comme s’il avait toujours fait partie de leur ADN. Ailleurs, des faces B comme « She’s Got Balls » (version live de 1977) ou « Cold Hearted Man » rappellent que le groupe a longtemps flirté avec une forme de punk primitif, bien avant que le terme ne devienne un genre marketing.
Le deuxième disque, Live Rarities, est plus inégal, mais c’est là que réside son charme. Enregistré entre 1977 et 2000, il capture le groupe dans toute sa gloire… et ses limites. Brian Johnson, dont la voix a perdu de sa superbe avec les années, livre des performances inégales : « Hells Bells » reste une machine de guerre, mais « Live Wire » révèle les fissures d’un chanteur qui peine à tenir la distance. Pourtant, c’est précisément cette vulnérabilité qui rend ces enregistrements fascinants. AC/DC n’a jamais été un groupe de virtuoses, mais de riffs et de présence scénique. Ici, on entend le groupe respirer, transpirer, et parfois trébucher—ce qui, paradoxalement, le rend plus humain.
Le troisième disque, Family Jewels Disc Three, est une extension de la compilation Family Jewels sortie en 2005, avec des clips et des performances télévisées. Moins essentiel, il ravira les fans inconditionnels, même si l’on regrette que certaines archives (comme les sessions avec Bon Scott) n’aient pas été mieux exploitées. Le son, souvent brut et peu retouché, donne à l’ensemble une authenticité qui manque cruellement aux rééditions aseptisées.
Backtracks n’est pas un album à écouter d’une traite, mais un coffre à ouvrir par petites touches, comme on feuillette un vieux carnet de notes. Il ne changera pas l’avis des détracteurs, qui y verront une énième compilation opportuniste. Mais pour ceux qui savent que le rock, à son meilleur, est une question de répétition et de transe, ce disque est une preuve de plus que les Young—Angus et Malcolm—ont écrit certaines des pages les plus indestructibles de l’histoire du genre. Pas besoin de réinventer le feu quand on sait le faire brûler aussi fort.
Sources
The Austin Chronicle Gift Guide 2009
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