72 Seasons de Metallica : analyse de l’album metal
Douze albums studio et plus de quarante ans de carrière plus tard, Metallica n’a plus rien à prouver à personne. Et pourtant, 72 Seasons arrive avec cette énergie particulière des groupes qui refusent obstinément de jouer les nostalgiques de service. James Hetfield y règle ses comptes avec les douze premières années de sa vie, celles qui, dit-il, façonnent le reste d’une existence entière. Le titre lui-même renvoie à cette idée : soixante-douze saisons, dix-huit ans, l’âge où l’on devient qui l’on sera pour toujours, pour le meilleur et surtout pour le pire.
Musicalement, le groupe ne réinvente rien, et c’est tant mieux. La section rythmique reste l’un des atouts les plus fiables de Metallica, portée par un Hetfield toujours aussi précis et écrasant à la guitare rythmique. Les riffs s’enchaînent avec cette lourdeur caractéristique, quelque part entre le thrash de la première heure et les inflexions plus groove héritées de l’ère Load. D’ailleurs, une partie non négligeable des fans y voit justement un retour à cette période là, plus qu’un hommage au Black Album ou à Master of Puppets. C’est peut-être ce qui rend l’écoute aussi satisfaisante pour ceux qui avaient un peu déserté le navire depuis Hardwired… to Self-Destruct.
Le problème, si problème il y a, tient surtout au format. Avec ses soixante-dix-sept minutes réparties sur douze morceaux, l’album ne laisse jamais respirer. Aucun instant de répit, aucune pause pour digérer la noirceur qui suinte de chaque texte. Ce choix semble pourtant assumé, presque programmatique : Hetfield ne veut pas qu’on s’échappe de ce qu’il traverse, il veut qu’on traverse avec lui. Le résultat impressionne par son intensité mais fatigue aussi, certains morceaux s’étirant bien au-delà de ce que leur matière justifierait vraiment.
Reste que dans le paysage 2023, peu de groupes de cette envergure osent encore livrer un disque aussi frontalement habité. 72 Seasons ne cherche pas la nuance ni la subtilité, il fonce, tête baissée, avec la conviction des vétérans qui savent encore pourquoi ils font ce métier. Ce n’est pas le Metallica le plus élégant, ni le plus concis, mais c’est indéniablement un Metallica qui a quelque chose à dire, et qui le dit fort.
Sources
RockmusicRaider, Reddit (r/Metallica), UltimateMetallica, Pitchfork, The Guardian
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