Eminem sort ‘The Death of Slim Shady’ : un coup de grâce audacieux
‘The Death of Slim Shady (Coup De Grâce)’ : Eminem enterre son double, pas ses vieux démons
Vingt-cinq ans après ‘The Slim Shady LP’, Eminem revient avec ‘The Death of Slim Shady (Coup De Grâce)’, un douzième album qui se présente comme l’acte de décès officiel de son alter ego le plus controversé. Le rappeur de Détroit, passé maître dans l’art de la provocation et de l’autodérision, y dissèque une fois de plus les excès de Slim Shady – ce double toxique, mi-fantôme mi-bouclier, qui lui a valu autant de gloire que de procès. Mais si le concept est ambitieux, l’exécution oscille entre introspection forcée et recyclage de vieilles ficelles.
Musicalement, l’album alterne entre beats sombres, presque cinématographiques, et flows saccadés, hérités des années 2000. Les productions, signées Eminem lui-même aux côtés de collaborateurs comme Dr. Dre ou Luis Resto, jouent la carte du minimalisme angoissant, avec des basses lourdes et des nappes synthétiques qui rappellent ‘Relapse’. Pourtant, malgré cette esthétique soignée, le disque peine à se renouveler. Les punchlines, autrefois tranchantes, sonnent parfois comme des parodies d’elles-mêmes – notamment dans ‘Bad One’, où Eminem jongle avec des jeux de mots éculés (« *You said you’re looking for miniature golf / Thought you said ‘men to jerk off’* »).
Le cœur du projet réside dans son ambition conceptuelle : une confrontation entre Marshall Mathers et Slim Shady, entre le père de famille repenti et le monstre qu’il a créé. ‘Lucifer’, avec son sample d’Alfred Hitchcock, incarne cette dualité, mêlant menace et autodérision. Mais l’album bascule trop souvent dans la facilité, comme sur ‘Tobey’, où Eminem s’en prend à Caitlyn Jenner ou à la « police PC » de la Gen Z, des cibles déjà usées jusqu’à la corde. Même les clins d’œil à Kanye West ou Diddy semblent calculés, comme s’il cherchait désespérément à raviver des rivalités éteintes.
Pourtant, quelques morceaux sauvent l’ensemble. ‘Houdini’, avec son flow élastique et son refrain accrocheur, rappelle pourquoi Eminem a dominé le rap dans les années 2000. ‘Guilty Conscience 2’, suite inattendue du tube de 1999, offre une relecture cynique des dilemmes moraux, où Dr. Dre, de retour, joue les voix de la raison face à un Eminem plus nihiliste que jamais. Ces rares éclairs de génie confirment une chose : Slim Shady est peut-être mort, mais Eminem, lui, reste un technicien hors pair – même quand il se contente de recycler ses propres mythes.
Avec ‘The Death of Slim Shady (Coup De Grâce)’, Eminem signe un album testamentaire qui ressemble davantage à un enterrement de première classe qu’à une résurrection. Vingt-cinq ans après avoir révolutionné le rap, il prouve qu’on peut être un monument tout en tournant en rond.
Sources
The Needle Drop – Album Review: Eminem – ‘The Death of Slim Shady (Coup De Grâce)’
Rolling Stone – Eminem’s ‘The Death of Slim Shady (Coup de Grâce)’: Well, He Tried
Pitchfork – Eminem: ‘The Death of Slim Shady (Coup de Grâce)’ Album Review
NME – Eminem – ‘The Death of Slim Shady (Coup De Grâce)’ review
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