Mos Def : True Magic

David Marlow David Marlow Hip-Hop 3 min de lecture
Mos Def : True Magic

Avec True Magic, sorti en 2006, Mos Def publie son troisième album solo et le dernier de son passage chez Geffen Records. L’enjeu est lourd : il s’agit de savoir si le rappeur de Brooklyn, devenu acteur reconnu, peut encore faire cohabiter les deux carrières.

Un album de fin de contrat

Le disque paraît le 29 décembre 2006 et compte 14 pistes. Pitchfork rappelle que Geffen a hérité de Mos Def lorsque Rawkus Records a disparu en 2002, absorbé par l’empire Interscope. Selon le site, la rumeur veut que True Magic solde ce qu’il devait encore à la maison de disques. Le critique y voit un artiste dont l’intérêt pour la musique s’est émoussé, au moins sous cette bannière, alors que sa notoriété d’acteur, nommé aux Emmy, ne cesse de grandir.

Côté chiffres, l’album se classe 25e au Top R&B/Hip-Hop Albums et 77e au Billboard 200.

Un accueil sévère chez Pitchfork

Pitchfork ne ménage pas le disque. Le magazine dénonce un album bâclé, depuis un emballage très dépouillé jusqu’à un mixage parfois pénible. Il regrette aussi que l’expérimentation, longtemps moteur du rappeur, de Rock N Roll sur Black on Both Sides aux écarts psychédéliques et bluesy de The New Danger, ait disparu. Le texte reproche à beaucoup de morceaux des rimes paresseuses, comme sorties d’un carnet qu’il aurait mieux valu laisser fermé.

Les cibles sont nommées. Undeniable, pourtant nommé aux Grammy, est jugé faible dans l’écriture. Murder of a Teenage Life est qualifié de lourd et faux, Fake Bonanza d’instrumental générique. Crime & Medicine, refonte fidèle de Liquid Swords de GZA, est décrite comme dépourvue du mordant de l’original. Pitchfork juge enfin déplacée l’inclusion de Dollar Day (Surprise, Surprise), texte sur l’ouragan Katrina posé sur Nolia Clap d’UTP, que Mos Def avait sorti l’année précédente.

Tout n’est pas condamné. Le critique retient U R the One, plainte amoureuse et déroutée qu’il présente comme la suite adulte de Ms. Fat Booty, et l’un des rares signes de maturité du disque. There Is a Way, pourtant jugé simpliste et mal enregistré, garde selon lui de l’énergie et une forme d’élan dans son mot d’ordre.

Un tournant dans la discographie

Pitchfork replace l’album dans une trajectoire : pendant des années, les chansons de Mos Def portaient des idées et une vision, servies par un flow livresque et ample, avec l’exception de New World Water. Puis sa production musicale aurait fléchi à mesure que son profil d’acteur montait. Le site note que plusieurs titres circulant avant la sortie ne figurent pas sur True Magic, ce qui nourrit l’espoir qu’ils soient gardés pour un projet postérieur à Geffen.

Le magazine voit dans cette apathie une forme de finalité, sans trancher entre la fin d’un chapitre et celle du livre entier. Pour un artiste longtemps attendu comme le rappeur exemplaire, True Magic reste donc le disque du désengagement contractuel.

Sources

David Marlow

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