The Philharmonik : avec « Transcendentalism II », l’orchestre à un seul homme
Lauréat du NPR Tiny Desk Contest 2024, le multi-instrumentiste de Sacramento boucle cette année un projet en deux volets, pensé pour ceux qui refusent de se servir de la musique comme d’une échappatoire.
Qui est The Philharmonik ?
Derrière ce nom de scène se cache Christian Gates. Il est né le 26 juillet 1993 à Cleveland, dans l’Ohio, où il a commencé le piano classique à 6 ans, après un concert auquel l’avait emmené sa mère. De retour à la maison, il rejouait note pour note les morceaux entendus, et il a pris ses premiers cours le mois suivant avec un professeur qui jouait au sein du Cleveland Orchestra.
Arrivé jeune à Sacramento, il se met à la production à 16 ans et passe par plusieurs pseudonymes avant d’adopter The Philharmonik en 2016. Il voulait un nom qui résume son rôle d’« orchestre à un seul homme » : il joue les claviers, produit ses propres beats et chante ses propres textes.
Un parcours à contre-courant
Tout commence par le rap. Sur son projet Good People, en 2016, les productions et les textes évoquaient un album d’OutKast, vu depuis Sacramento. Son premier album, sans titre, sort le 1er mars 2018 sur le label Sol Collective, précédé du single et du clip « Neon Lights ». En 2019, il part en tournée aux États-Unis et au Canada pour défendre le single « Drugs ».
Arrive ensuite Kironic, un album qu’il a entièrement produit lui-même. Il tient en dix titres pour une demi-heure de musique, et chaque morceau y est pensé comme le chapitre d’un court métrage en plusieurs parties. La critique suit, pas le public. Malgré des retours enthousiastes, Gates est dépité de ne même pas remplir le Harlow’s, une salle de Sacramento. Le titre « What’s It All Mean? » parle justement de ce tiraillement : comment s’accrocher à ses rêves quand on garde un job alimentaire. À l’époque, il travaillait chez U-Haul.
Ce morceau change tout. Il le présente au NPR Tiny Desk Contest avec un clip tourné dans une agence immobilière de Sacramento, et le titre écarte environ 7 000 autres candidatures. Le concept de ce clip était mûri depuis longtemps. Il s’agit d’un homme en costume pour qui tout est travail, un personnage qu’il avait décidé de décliner dans toutes les vidéos de l’album. Depuis, les portes s’ouvrent. D’après la communication de son équipe, il a joué à guichets fermés dans les Blue Note de New York, Los Angeles et Tokyo et au Ronnie Scott’s de Londres, et il est passé par les festivals de Montreux et du North Sea Jazz lors de sa tournée mondiale de l’an dernier.
Un style qui refuse les cases
Ses influences revendiquées disent beaucoup. Son univers puise dans les sonorités de Stevie Wonder, d’Earth, Wind & Fire et de Prince. Interrogé par Apple Music, il cite Dark Side of the Moon de Pink Floyd, Sign O’ The Times de Prince et Innervisions de Stevie Wonder comme ses principales influences, les disques vers lesquels il revient quand il construit ses propres albums.
Le magazine Ringleader résume bien ce patchwork : la soul des années 60, le rock des années 70, le funk des années 80, le R&B des années 90 et un rap intemporel forment les fondations de sa musique depuis ses débuts. Son équipe le place quelque part entre le groove d’Anderson .Paak, la sensibilité jazz de Robert Glasper et le poids des textes de Kendrick Lamar. Ce qui frappe surtout, c’est son contrôle total sur sa musique. Il écrit, produit, enregistre et mixe tout lui-même, puis se produit sur scène avec un groupe de huit musiciens.
Transcendentalism II : refermer le diptyque
Transcendentalism est un projet en deux parties. Le premier volet, un EP de 8 titres, est sorti en mars 2026, avec « Writing On The Wall » comme titre phare. Le second, Transcendentalism II, est paru dans la foulée au printemps.
Le titre renvoie au transcendantalisme, le courant philosophique né en Nouvelle-Angleterre au XIXe siècle. Le propos, lui, est clairement engagé. Le projet s’appuie sur une phrase de Nina Simone selon laquelle le devoir d’un artiste est de refléter son époque. The Philharmonik précise que l’album ne s’adresse pas à ceux qui écoutent de la musique pour fuir la réalité, mais à ceux qui ont le courage de l’affronter. « J’essaie simplement de faire une musique qui reflète ce qui se passe dans le monde en ce moment », résume-t-il.
Côté singles, Transcendentalism II a été annoncé par « I Might as Well », en featuring avec Jakhari Smith, dont le clip est sorti le 15 mai 2026, puis par « The Dark Night of the Soul ». L’invitation de Jakhari Smith ne doit rien au hasard. Gates veut rendre ce qu’on lui a donné et voit ce rappeur de Sacramento comme l’un de ses futurs artistes en première partie. Smith, de son côté, le cite comme l’une de ses plus grandes inspirations, parce qu’il n’a peur de rien essayer.
Ce cycle marque aussi un tournant professionnel. The Philharmonik a signé chez GoodTalk, en partenariat avec Jeff Burroughs de Paper Music, avec une distribution assurée par Create Music Group. Les chiffres suivent : depuis Kironic, le nombre total d’écoutes de son catalogue a doublé.
Ce qu’il faut retenir
The Philharmonik fait partie de ces artistes qui ont pris le chemin à l’envers : la musique d’abord, la reconnaissance ensuite. Pianiste classique devenu rappeur, puis producteur et chanteur soul, il a mis près de dix ans à passer des petites salles de Sacramento aux clubs de jazz les plus prestigieux du monde. Avec Transcendentalism, il troque l’optimisme de Kironic contre un regard plus frontal sur son époque. C’est un pari exigeant, mais cohérent avec un artiste qui n’a jamais voulu choisir entre groove et propos.
Sources
Partager cet article