Le Pentagone teste Polygraph+, détecteur de mensonge IA

Olivier Tech Olivier Tech IA - Innovation 3 min de lecture
Le Pentagone teste Polygraph+, détecteur de mensonge IA

Le Pentagone rouvre un vieux dossier avec un nouvel outil. Le Département de la Défense américain souhaite investir 30,3 millions de dollars sur cinq ans dans un programme baptisé Polygraph+, une version augmentée par l’intelligence artificielle du détecteur de mensonge traditionnel. L’objectif affiché : améliorer les algorithmes de notation utilisés pour interpréter les réponses physiologiques des sujets interrogés, dans un contexte où le renseignement militaire cherche à moderniser des méthodes vieilles de près d’un siècle.

Le polygraphe classique mesure la respiration, le rythme cardiaque et la conductivité de la peau pour tenter de déceler un stress associé au mensonge. Une méthode contestée depuis des décennies par la communauté scientifique, qui pointe régulièrement son manque de fiabilité et la possibilité de la contourner par des techniques d’entraînement mental. En intégrant du machine learning, le Pentagone espère affiner l’analyse des signaux physiologiques et réduire la marge d’erreur humaine dans l’interprétation des courbes.

Mais la promesse d’une IA plus objective se heurte à une réalité tenace : ces systèmes héritent souvent des mêmes biais que les humains qui les conçoivent, voire les amplifient. Un algorithme entraîné sur des données historiques de polygraphie hérite mécaniquement des erreurs et des présupposés culturels déjà présents dans ces données. Le risque n’est donc pas seulement de perpétuer une pseudoscience, mais de lui donner un vernis de rigueur mathématique qui pourrait renforcer sa légitimité institutionnelle sans en corriger les failles fondamentales.

Ce projet s’inscrit dans une tendance plus large de militarisation de l’IA à des fins de vérification et de renseignement, où la frontière entre innovation technique et théâtre de sécurité reste floue. Des chercheurs en sciences cognitives rappellent que la détection du mensonge reste l’un des problèmes les plus insolubles des neurosciences appliquées, bien loin des promesses marketing qui accompagnent souvent ce type d’annonce budgétaire.

Reste une question de fond : investir des millions dans une technologie dont le principe même est scientifiquement fragile relève-t-il d’une stratégie de défense sérieuse, ou d’un pari sur l’apparence de la précision plutôt que sur la précision elle-même ? Le Pentagone, en tout cas, semble décidé à tester la formule grandeur nature.

Sources

MIT Technology Review

Olivier Tech

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