Wish – The Cure : chef-d’œuvre du rock indépendant
Après le monolithe désespéré de Disintegration, The Cure aurait pu se contenter de creuser le même sillon crépusculaire jusqu’à l’épuisement. Au lieu de cela, Robert Smith et sa bande choisissent en 1992 une voie plus ambiguë avec Wish, un disque qui refuse de trancher entre la lumière et l’ombre, préférant les faire cohabiter dans une tension permanente qui constitue, paradoxalement, sa plus grande force.
Dès l’ouverture avec « Open », on sent que le groupe n’a rien perdu de sa capacité à construire des atmosphères vastes et cotonneuses, héritières directes du post-punk originel. Mais c’est dans le contraste que Wish trouve sa signature : quelques mesures plus loin, « High » et surtout l’incontournable « Friday I’m in Love » déploient une pop lumineuse, presque insouciante, qui a longtemps valu au disque une réputation trompeuse de virage commercial facile. Cette chanson, devenue hymne malgré elle, a paradoxalement desservi la perception globale de l’album auprès d’une partie du public le plus exigeant du groupe, qui y voyait une concession inutile.
Pourtant, sous cette surface accessible, Wish conserve intacte la mélancolie caractéristique du Cure. « Apart » atteint une poignance qui n’a rien à envier aux sommets émotionnels de Disintegration, tandis que « A Letter to Eloise » démontre que Smith sait encore écrire une chanson pop chargée de sentiment sans jamais tomber dans la niaiserie. « To Wish Impossible Things » clôt le disque sur une note d’une beauté presque insoutenable, comme un écho lointain aux dernières notes de « Untitled ». L’ambiance générale, plus posée, offre une version apaisée du groupe, capable de réflexions douces-amères sans jamais renoncer à sa noirceur fondatrice.
Les critiques de l’époque ne s’y sont pas trompées : NME saluait des morceaux « presque sans exception, de brillantes démonstrations de génie », tandis que Melody Maker affirmait n’avoir jamais entendu le groupe aussi en forme. Trois décennies plus tard, le jugement se confirme : les défauts de Wish, un certain éclectisme stylistique, une production parfois inégale, sont identifiables mais nullement rédhibitoires. Ils n’empêchent pas ce disque de figurer parmi les grandes réussites d’un groupe qui, même après son chef-d’œuvre absolu, trouvait encore le moyen de surprendre et d’émouvoir.
Sources
Pitchfork, faroutmagazine.co.uk, RateYourMusic, AllMusic, uDiscoverMusic
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