Twenty Four Hours (Live) – Joy Division
Il y a quelque chose de profondément troublant à écouter un fantôme se produire en direct. Ce nouveau document, extrait des archives du concert du Lyceum de Londres, capté le 29 février 1980, ne fait pas exception à cette règle tacite qui régit toute l’œuvre posthume de Joy Division. Twenty Four Hours, tel qu’interprété ce soir-là, n’est pas simplement une piste supplémentaire à ajouter au corpus déjà pléthorique du groupe de Manchester ; c’est un instantané saisissant d’un ensemble à l’apogée de sa puissance scénique, quelques semaines seulement avant le drame qui allait sceller sa légende.
Le contexte de cette soirée mérite d’être rappelé. Ce concert londonien, où Joy Division partageait l’affiche avec Killing Joke, dans une programmation complétée par Section 25 et A Certain Ratio, reste l’un des moments les plus documentés de la brève carrière du groupe, en grande partie grâce à l’existence de plusieurs enregistrements pirates de qualité, capturés depuis le public. Ce que cette édition propose, c’est une version nettoyée, débarrassée des scories habituelles du bootleg, sans pour autant sacrifier cette tension électrique propre aux captations live de l’époque.
Musicalement, cette interprétation de Twenty Four Hours confirme ce que les auditeurs de Closer savaient déjà : la chanson, dans sa version studio, portait en elle une urgence rythmique presque insoutenable. Sur scène, cette urgence se mue en quelque chose de plus brut encore. La basse de Peter Hook, mixée en avant comme toujours, dialogue avec une batterie de Stephen Morris implacable, tandis qu’Ian Curtis livre un chant qui semble ici plus fragile, plus exposé que sur l’enregistrement original. On perçoit dans cette prestation les prémices de ce que le groupe explorait alors : les morceaux inédits de Closer, pas encore sortis à l’époque, dominaient largement le répertoire de cette soirée.
Ce document sonore, aujourd’hui requalifié dans une esthétique post-rock qui souligne son influence durable sur des générations de musiciens, agit comme un rappel salutaire de ce que fut réellement Joy Division sur scène : non pas un groupe figé dans la mélancolie de studio, mais une formation habitée par une énergie nerveuse, presque punk, qui contredit parfois l’image lisse véhiculée par leurs disques officiels. Quarante-six ans plus tard, cette captation continue de fasciner, non par nostalgie, mais parce qu’elle restitue l’urgence d’un présent qui n’existe plus.
Sources
dieordiy2.blogspot.com, joydiv.org, archive.org, youtube.com, discogs.com
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