Exodus (Deluxe Edition) – Bob Marley & The Wailers

David Marlow David Marlow Musique 2 min de lecture
Exodus (Deluxe Edition) – Bob Marley & The Wailers

Il y a quelque chose de presque miraculeux dans la façon dont Exodus continue de résonner, près de cinq décennies après sa sortie initiale. Cette réédition Deluxe ne fait que confirmer ce que l’histoire avait déjà tranché : l’album enregistré à Londres en 1977, alors que Bob Marley vivait en exil forcé après la tentative d’assassinat qui avait ensanglanté la Jamaïque, reste l’un des sommets absolus de sa discographie. Le magazine Time l’avait couronné meilleur album du XXe siècle, et cette édition permet de comprendre pourquoi ce jugement continue de tenir la route.

Ce qui frappe d’abord, c’est l’équilibre presque parfait que Marley trouve entre trois registres qu’on pourrait croire antinomiques : le politique, le spirituel et l’amoureux. Le morceau-titre, avec sa marche rythmique inexorable et son appel à l’exode biblique transposé en cri de résistance panafricaniste, cohabite sans friction avec la nonchalance solaire de Jamming ou la tendresse presque désarmante de Waiting in Vain. C’est cette capacité à faire dialoguer l’urgence militante et la douceur sensuelle qui distingue Exodus du reste du corpus marleyen, souvent plus univoque dans ses intentions.

Les Wailers, eux, sont dans une forme redoutable. La section rythmique de Carlton et Aston Barrett donne à chaque titre cette respiration organique, ce groove qui semble flotter tout en restant d’une précision chirurgicale. On sent, à l’écoute des versions étendues et des prises alternatives ajoutées à cette édition, un groupe en pleine possession de ses moyens, capable de faire coexister la ferveur rastafari avec des arrangements qui lorgnent vers le rock et la soul sans jamais perdre leur identité reggae.

Les bonus de cette Deluxe Edition, loin d’être de simples curiosités pour collectionneurs, éclairent le processus créatif à l’œuvre : on y entend un groupe qui cherche, tâtonne, puis trouve avec une évidence presque déconcertante la forme définitive de chaque chanson. One Love/People Get Ready, dans ses versions alternatives, révèle à quel point Marley savait sculpter l’universel à partir du particulier.

Cette réédition ne réinvente rien, elle n’en a pas besoin. Elle rappelle simplement, avec une clarté sonore renouvelée, que Exodus demeure un objet rare : un disque né dans l’urgence de l’exil et de la menace, mais qui irradie une paix et une conviction qui n’ont jamais vieilli.

Sources

Pitchfork, AllMusic, Discogs, Wikipedia.

David Marlow

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