L’ONU défie cinq siècles de cartographie en votant l’abandon de la projection de Mercator
Le 4 septembre 2026, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté à une écrasante majorité une résolution invitant le monde entier à délaisser la projection de Mercator. Cinq cents ans de représentation biaisée des continents pourraient toucher à leur fin.
Une résolution historique adoptée à 164 voix
Le texte s’intitule « Correct the Map: Rebalancing Global Cartographic Representation and Promoting Equitable Representation of the World’s Regions, Particularly Africa ».
Référencée A/80/L.104, cette résolution non contraignante a été adoptée par l’Assemblée générale des Nations Unies le 4 septembre 2026, avec 164 voix pour, une seule contre et six abstentions.
Portée par des États africains et menée par le Togo au nom du groupe africain, elle encourage les gouvernements, les écoles et les entreprises technologiques à s’éloigner de la projection de Mercator en faveur de projections représentant plus fidèlement les surfaces terrestres (HNGN).
Mercator : utile aux navigateurs, trompeur pour le reste du monde
La projection de Mercator, conçue au XVIe siècle pour la navigation maritime, conserve les angles mais déforme considérablement les surfaces. Résultat : le Groenland paraît aussi grand que l’Afrique, alors que le continent africain est en réalité quatorze fois plus vaste. Pendant cinq siècles, cette distorsion a visuellement réduit la taille de l’Afrique et des régions équatoriales (HNGN). Pour quiconque travaille avec des données géographiques ou développe des applications cartographiques, ce biais n’est pas qu’esthétique : il influence la perception des enjeux démographiques, climatiques et économiques.
Equal Earth, la projection privilégiée
Parmi les alternatives à surfaces égales, la projection Equal Earth est citée comme celle privilégiée par l’ONU dans ce contexte (Not Ship). Créée en 2018, elle est née en réponse directe à la controverse des écoles publiques de Boston, qui avaient alors décidé de remplacer les cartes Mercator par des projections à surfaces égales dans leurs salles de classe.
Equal Earth présente un compromis intéressant : elle respecte les proportions de surface tout en offrant un rendu visuellement agréable, évitant les déformations extrêmes que l’on reprochait à la projection de Gall-Peters. Pour les développeurs et les outils de cartographie numérique, elle est déjà intégrée dans des bibliothèques comme D3.js et des logiciels SIG open source.
Non contraignante, mais symboliquement puissante
Il faut le souligner clairement : cette résolution ne redessine aucune frontière et ne transfère aucun territoire entre États souverains (Ummid, IAS Point). Comme le résume Ummid.com : « Il a voté pour encourager le monde à reconsidérer la carte à travers laquelle il se représente lui-même. Aucune armée n’est impliquée, aucune frontière n’est redessinée, aucun territoire n’est transféré d’un État souverain à un autre. Pourtant, derrière ce qui ressemble à une obscure décision cartographique se cache une question de fond. »
Le poids de cette résolution réside dans le signal envoyé aux systèmes éducatifs et aux géants de la tech. Google Maps, Apple Plans et consorts utilisent des variantes de Mercator (ou la projettent à faible zoom). Si ces plateformes intégraient des projections à surfaces égales par défaut, l’impact sur la perception mondiale serait immédiat, touchant des milliards d’utilisateurs au quotidien.
Ce que ça change pour la tech et l’éducation
Du côté des développeurs, la question n’est pas nouvelle. Quiconque a manipulé des tuiles cartographiques sait que le Web Mercator est le standard de facto des cartes en ligne. Le remettre en question implique de repenser les pipelines de rendu, les niveaux de zoom et l’UX cartographique. Ce n’est pas trivial, mais ce n’est pas non plus impossible : les projections alternatives existent déjà dans les outils open source.
Côté éducation, la résolution interpelle directement les manuels scolaires et les supports pédagogiques. Montrer aux élèves une carte où les proportions des continents sont respectées, c’est aussi leur donner une vision plus juste du monde dans lequel ils vivent.
Un geste de décolonisation visuelle
Au fond, cette résolution pose une question simple mais fondamentale : pourquoi continuons-nous à utiliser par défaut un outil conçu pour les navigateurs du XVIe siècle alors que nous avons les moyens techniques de faire mieux ? Le vote de l’Assemblée générale n’oblige personne, mais il invite tout le monde à y réfléchir. Et dans un monde où la représentation façonne la perception, c’est loin d’être anodin.
Sources
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