Beyond the Streets à Paris : quand le graffiti prend d’assaut la capitale
Il fut un temps où le graffiti se dessinait la nuit, en catimini, avec une bombe aérosol et la trouille au ventre. Aujourd’hui, le même geste illégal fait l’objet d’expositions mondiales, de catalogues d’art et de files d’attente qui s’étirent sur des centaines de mètres. Paradoxe ? Peut-être. Victoire ? Sûrement. Car ce que le street art a réussi à faire, c’est s’imposer comme l’un des mouvements artistiques les plus puissants et les plus sincères de ces cinquante dernières années, sans jamais totalement quitter la rue pour autant.
C’est dans cet espace de tension créatrice que s’inscrit Beyond the Streets, l’exposition qui, depuis 2018, fait le tour du monde pour raconter cette histoire comme personne d’autre ne l’a fait. Et à partir du 27 mai 2026, elle pose ses valises à Paris.
Un projet né à New York, devenu phénomène mondial
Derrière Beyond the Streets, il y a Roger Gastman. Historien du graffiti, producteur exécutif d’Exit Through the Gift Shop de Banksy, organisateur de la légendaire exposition Art in the Streets au MOCA de Los Angeles en 2011, il n’est pas là pour vendre du rêve. Il documente, il archive, il rend hommage.
Lancée à New York en 2018, puis à Los Angeles, puis à Londres, l’exposition s’est construite au fil des éditions comme une encyclopédie vivante du graffiti et de l’art urbain. Pas une galerie aseptisée où l’on chuchote en regardant des toiles encadrées, mais une expérience immersive qui restitue l’énergie brute, le chaos créatif et la culture populaire qui ont toujours nourri ce mouvement. La mission affichée : « célébrer les créateurs de marques et les transgresseurs, les agitateurs et les instigateurs. »
Avec Paris, l’édition 2026 marque une étape symbolique. La capitale française a une relation particulièrement intense avec le graffiti, du métro tagué des années 80 aux fresques monumentales qui jalonnent le périphérique aujourd’hui. Gastman le sait, et il en fait le coeur de cette version européenne.
3 600 m² à La Villette, et une centaine d’artistes
L’exposition investit la Grande Halle de la Villette (211 avenue Jean Jaurès, Paris 19e) du 27 mai au 30 août 2026, sur plus de 3 600 m². Plus de 100 artistes. Des oeuvres inédites créées spécialement pour Paris, des archives photographiques rares, de la mode d’avant-garde, et au moins trente installations immersives.
Parmi les temps forts annoncés : une rame de métro new-yorkaise grandeur nature taguée de fond en comble, une Cosmic Cavern fluorescente conçue par Kenny Scharf, la reconstitution de Ticaret, la mythique boutique hip-hop du quartier de Stalingrad, et même une antenne de Sonny Pizza, la pizzeria brooklynoise devenue icône de la culture de rue. Le tout pensé comme un lieu de rencontre entre artistes, skateurs et writers, pas comme un musée où l’on ne touche à rien.
La boutique de l’expo, elle, est orchestrée par Sarah Andelman, fondatrice de la légendaire enseigne colette : une sélection de pièces d’artistes, de livres et d’objets à l’image de l’événement.
Les artistes à connaître absolument
L’affiche mêle les pionniers qui ont tout inventé et les voix d’aujourd’hui. Côté international : Shepard Fairey (OBEY), dont les portraits sérigraphiés ont tapissé les murs du monde entier ; Futura 2000, figure tutélaire du graffiti new-yorkais des années 70, dont les lettrages abstraits ont influencé plusieurs générations ; Barry McGee, sculpteur du chaos créatif ; et Martha Cooper, la photographe qui a immortalisé le graffiti de New York avant que quiconque n’y prête attention.
Mais ce qui rend l’édition parisienne particulièrement attendue, c’est la place accordée à la scène française. Une douzaine d’artistes locaux sont mis à l’honneur dans une section intitulée Tags of Paris, qui retrace l’évolution du graff parisien depuis ses origines.
JR, dont les photographies géantes collées sur les façades du monde entier ont rendu le street art visible aux yeux de ceux qui ne regardaient jamais les murs. Invader, l’artiste anonyme qui infeste les villes de ses mosaïques de carrelage inspirées des jeux vidéo, Paris en tête avec plus de 1 000 invasions répertoriées. JonOne, né à New York mais Parisien d’adoption depuis les années 80, dont les graffitis abstraits et explosifs sont devenus des références. Fafi, l’artiste toulousaine et ses Fafinettes au trait reconnaissable entre mille. Et Gérard Zlotykamien, pionnier méconnu des années 60-70, considéré comme l’un des tout premiers à avoir investi les murs de Paris avec une démarche artistique revendiquée.
Pourquoi y aller
Beyond the Streets à Paris, c’est une occasion rare de voir réunis au même endroit cent ans d’histoire d’un art qui n’a jamais demandé la permission d’exister. Ce n’est pas une expo pour amateurs d’art contemporain qui sirotent du champagne en faisant semblant de comprendre. C’est pour ceux qui ont grandi avec le graffiti dans les yeux, pour ceux qui découvrent ce monde pour la première fois, et pour tous ceux qui pensent que l’art le plus sincère naît toujours là où on ne l’attendait pas.
La Grande Halle de la Villette, jusqu’au 30 août 2026.
Billets à partir de 15 euros, 26,90 euros plein tarif.
Ne passez pas à côté.
Horaires : mardi-vendredi 11h-19h, samedi jusqu’à 20h, dimanche jusqu’à 18h. Fermé le lundi.
Site : beyondthestreets.com/fr
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