James Brown – Star Time : L’apogée du funk en 4 disques

Olivier Tech Olivier Tech Soul 3 min de lecture
James Brown – Star Time : L’apogée du funk en 4 disques

‘Star Time’ : l’anthologie qui a sauvé James Brown de lui-même

En 1991, James Brown n’est plus le parrain auto-proclamé du funk depuis longtemps. Entre excès judiciaires, déclin commercial et disques inégaux, son héritage semble menacé par l’éparpillement. ‘Star Time’, coffret de quatre CD compilant 71 titres, arrive comme une rédemption posthume avant l’heure. Supervisé par Harry Weinger, alors jeune producteur chez Polydor, ce projet ambitieux dépasse le simple best-of : c’est une relecture chirurgicale de 25 ans de carrière, où les tubes côtoient des raretés et des versions alternatives, le tout organisé pour raconter une histoire.

Le génie de ‘Star Time’ réside dans sa capacité à révéler la cohérence d’une œuvre souvent noyée sous les compilations bâclées. Brown lui-même, dans sa quête permanente de hits, a rarement soigné ses albums studio – ‘Sex Machine’ (1970) fait figure d’exception. Weinger assume cette fragmentation en structurant le coffret comme une setlist idéale, où chaque plage justifie sa place. Le résultat ? Une démonstration implacable de la mécanique brownienne : ces breaks obsessionnels (‘Funky Drummer’, ‘Give It Up or Turnit a Loose’), ces cris déchirants (‘Ain’t It Funky Now’), cette basse qui pulse comme un cœur artificiel. Le funk n’est plus un style ici, mais une science exacte, où chaque note semble calculée pour provoquer une réaction physique.

Parmi les révélations, ‘Star Time’ exhume des pépites oubliées comme ‘I Got the Feelin’’, où la section rythmique de Clyde Stubblefield et Maceo Parker atteint une précision chirurgicale, ou ‘Get Up (I Feel Like Being a) Sex Machine’, dont la version intégrale révèle l’endurance surhumaine de Brown. Mais c’est peut-être ‘Super Bad’ qui incarne le mieux l’esprit du coffret : un titre souvent réduit à son refrain, ici présenté dans une version étendue où Brown improvise des instructions à son groupe comme un chef d’orchestre possédé. La voix, entre grognements et falsetto, y devient un instrument de plus, aussi essentiel que les cuivres ou la guitare.

L’impact de ‘Star Time’ dépasse le cadre musical. À une époque où le hip-hop sample massivement Brown sans toujours le créditer, le coffret agit comme un manifeste. Les notes de pochette, signées Cliff White, tracent des ponts entre le funk originel et ses héritiers, des Beastie Boys à Public Enemy. La critique, unanime, y voit une réhabilitation : Rolling Stone lui décerne cinq étoiles, le Village Voice le compare à Dickens. Même les Grammy Awards, souvent en retard d’une révolution, couronnent ses notes en 1992 – comme pour reconnaître officiellement que Brown n’a jamais été un simple artiste, mais une infrastructure culturelle.

‘Star Time’ n’a pas seulement sauvé la discographie de James Brown des limbes des compilations jetables. Il a prouvé qu’un coffret pouvait être plus qu’un produit marketing : une œuvre à part entière, où le contexte devient aussi important que le contenu. Trente ans plus tard, son modèle influence encore les anthologies, de Prince (‘4Ever’) à Fela Kuti (‘The Best Best of’). Mais personne n’a égalé sa folie méthodique – cette façon de transformer le chaos en système, le désordre en partition.

Sources

Album of the Year, critique de ‘Star Time’ par la rédaction, 1991.

Rolling Stone, chronique de David Fricke, 1991.

Pitchfork, article de Nate Patrin sur l’héritage du coffret, 2016.

AllMusic, notice discographique signée Steve Huey.

Olivier Tech

Partager cet article