Curtain Call 2 : le meilleur du hip-hop d’Eminem
Seize ans après le premier Curtain Call, sorti au sommet d’une carrière qui semblait alors immortelle, Eminem revient avec une suite qui ressemble moins à un bilan triomphant qu’à un aveu implicite.
Curtain Call 2 couvre la période 2009-2022, ces treize années où Marshall Mathers a cherché, souvent en vain, une nouvelle direction artistique après avoir déjà tout dit, tout crié, tout provoqué dans la décennie précédente.
La tracklist raconte à elle seule cette histoire de dispersion. Là où le premier volume ne comptait qu’une seule feature notable, celle de Dido sur « Stan », celui-ci s’ouvre à Rihanna, Beyoncé, Ed Sheeran, Gwen Stefani, Bruno Mars ou Pink. Cette avalanche de collaborations pop dessine le portrait d’un artiste qui a dû, bon gré mal gré, élargir son public bien au-delà du cercle des puristes du rap. On y trouve aussi bien « Love the Way You Lie » que le thème de Venom, preuve qu’Eminem s’est autant investi dans les bandes-son de blockbusters que dans une quelconque cohérence esthétique.
Le problème de Curtain Call 2 ne réside pas tant dans la qualité individuelle des morceaux, certains singles restent efficaces et ont marqué leur époque, que dans son absence totale de curation. La compilation s’étale sur une durée interminable, s’apparentant davantage à une playlist de streaming générée automatiquement qu’à un geste artistique réfléchi. On sent le manque d’un regard critique capable de trancher, de hiérarchiser, de raconter une histoire avec un début et une fin.
Ce qui frappe surtout, c’est l’image que renvoie ce disque d’un Eminem tiraillé entre plusieurs pulsions contradictoires : le besoin de prouver sa technique via des envolées de rap pur, la tentation commerciale des refrains chantés à la Rihanna, et une nostalgie diffuse pour l’époque où chaque sortie faisait scandale. Le résultat ressemble à un artiste qui court dans toutes les directions à la fois sans jamais vraiment savoir où il veut arriver.
Curtain Call 2 fonctionnera sans doute très bien en arrière-plan, sur une playlist de route ou lors d’une soirée nostalgique. Mais en tant qu’objet artistique, il documente surtout l’errance d’un homme autrefois central dans la culture populaire, désormais réduit à collectionner ses propres succès sans grand fil conducteur.
Sources
Pitchfork, Album of the Year, Shifter Magazine, RapReviews, Picky BS
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