Venom (Music From The Motion Picture) – Eminem
Il y a des morceaux qui existent parce qu’une œuvre le nécessite, et il y a des morceaux qui existent parce qu’un studio a coché une case marketing quelque part entre le poster et la bande-annonce. Venom (Music From The Motion Picture) appartient sans ambiguïté à la seconde catégorie. Sorti en 2018 pour accompagner le film de Sony consacré à l’antihéros de Marvel, ce single unique voit Eminem endosser le rôle du symbiote sonore, censé incarner la rage et le chaos du personnage. Le résultat est un objet étrange, tapageur, qui semble avant tout obsédé par l’idée de faire du bruit plutôt que de raconter quelque chose.
Sur le plan strictement technique, on retrouve l’Eminem qu’on connaît depuis une décennie : un débit rapide, des rimes internes empilées comme des dominos, une énergie qui ne faiblit jamais. Mais cette virtuosité mécanique tourne ici à vide. Les références au film sont plaquées avec la subtilité d’un communiqué de presse, et le beat, produit avec une lourdeur industrielle censée évoquer le monstre, finit par écraser tout ce qui pourrait ressembler à de la nuance. C’est fort, c’est saturé, c’est du hip-hop hardcore au sens le plus littéral et le moins inspiré du terme.
Les retours du public n’ont pas été tendres, et pour cause. On a beaucoup comparé ce morceau à la version que Little Simz avait proposée du même thème, une comparaison presque toujours en défaveur d’Eminem, tant l’approche de ce dernier semble ici dictée par l’urgence contractuelle plutôt que par une réelle inspiration créative. Certains auditeurs sont allés jusqu’à qualifier ce titre de pire moment de sa discographie, pointant du doigt des lyrics qui sonnent comme les provocations d’un adolescent en quête de sensations fortes, un rappeur qui semble réciter son texte plus qu’il ne l’habite vraiment.
Il y a quelque chose d’presque touchant dans cette débâcle, comme si l’industrie du cinéma continuait de croire que coller un rappeur célèbre sur une bande originale garantit automatiquement une charge émotionnelle. Venom ne fait que confirmer ce que beaucoup soupçonnaient déjà : Eminem, quand il n’est plus porté par une vision personnelle mais par un cahier des charges hollywoodien, devient une caricature bruyante de lui même. Un produit dérivé de plus, aussi vite oublié qu’il a été streamé.
Sources
Album of The Year, user reviews et fiche single (2018)
Musicboard, critiques de spookylad et lady_mecha
Discogs, fiche de release 2018
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