Les 10 albums cultes du rap US des années 90/2000

Olivier Tech Olivier Tech Hip-Hop 6 min de lecture
Les 10 albums cultes du rap US des années 90/2000

Il y a des albums qu’on n’oublie pas. Ceux qui ont tourné en boucle dans un walkman, sur un radio cassette dans une chambre d’ado, dans une caisse aux vitres baissées. Le rap américain des années 90 et du tout début des années 2000, c’est ma madeleine de Proust : l’âge d’or, celui où chaque sortie pouvait redéfinir ce qu’on croyait possible.

J’ai essayé de réunir ici dix albums (bon, onze, autant vous le dire tout de suite, je n’ai pas su m’arrêter) qui, pour moi, résument cette époque bénie. Pas forcément les plus vendus, mais ceux qui comptent, ceux qu’il faut avoir écoutés au moins une fois dans sa vie. Prenez un casque, montez le son, et laissez-vous embarquer.

1. Nas · Illmatic (1994)

Si je ne devais en garder qu’un, ce serait celui-là. Dix titres, pas un de trop, un gamin de vingt ans qui filme le Queensbridge avec une précision de cinéaste. Et derrière lui, le gratin de la production new-yorkaise : DJ Premier, Pete Rock, Q-Tip, Large Professor. Illmatic n’est pas un album, c’est un étalon, la mesure à laquelle tout le rap se compare encore. Commencez par « N.Y. State of Mind » et « The World Is Yours », vous ne serez plus jamais tout à fait le même.

2. A Tribe Called Quest · The Low End Theory (1991)

Le mariage parfait du jazz et du boom bap. La contrebasse de Ron Carter, la nonchalance géniale de Q-Tip, la voix rocailleuse de Phife Dawg qui lui répond du tac au tac. Tout ici respire l’élégance et la décontraction, sans jamais rien perdre en profondeur. « Scenario », « Check the Rhime », « Jazz (We’ve Got) » : c’est l’album qui a prouvé que le rap pouvait être raffiné sans jamais cesser d’être cool.

3. De La Soul · De La Soul Is Dead (1991)

Après l’euphorie fleurie du « D.A.I.S.Y. Age », le trio de Long Island casse volontairement son image et signe un disque plus sombre, plus drôle et bien plus audacieux. Sampladélique, foisonnant, insolent, De La Soul Is Dead est un ovni qui n’a pas pris une ride. Un album qui rit de tout, y compris de lui-même, et qui reste l’un des sommets les plus sous-estimés de la décennie.

4. EPMD · Business as Usual (1990)

Le funk le plus lourd de tout le rap. Erick Sermon et Parrish Smith rappent d’une voix presque paresseuse, mais ne vous y trompez pas : sous cette nonchalance apparente se cache un groove implacable, des basses à décoller le plâtre. Avec un jeune LL Cool J en renfort sur « Rampage », Business as Usual est une masterclass de production East Coast, brute et fumante.

5. Dr. Dre · The Chronic (1992)

L’acte de naissance du G-funk, et le moment où le centre de gravité du rap bascule vers l’Ouest. Les nappes de synthé qui glissent, les basses Moog, le soleil de Los Angeles, et un certain Snoop Doggy Dogg qui débarque avec un flow venu d’ailleurs. « Nuthin’ but a « G » Thang », « Let Me Ride » : The Chronic a redéfini le son d’une décennie entière et n’a jamais quitté les autoradios depuis.

6. Busta Rhymes · The Coming (1996)

Échappé des Leaders of the New School, Busta explose en solo avec une énergie proprement démente. Le flow caoutchouteux, les onomatopées, les clips délirants : personne ne bougeait comme lui. « Woo Hah!! Got You All in Check » a marqué toute une génération de son chaos parfaitement maîtrisé. The Coming, c’est le rap comme décharge d’adrénaline pure.

7. KRS-One · Return of the Boom Bap (1993)

Le Teacha en solo, DJ Premier aux commandes, et le boom bap dans sa forme la plus pure et la plus tranchante. KRS-One n’a jamais eu la langue dans sa poche, et il le prouve à chaque mesure. « Sound of da Police » reste un hymne intemporel, un cri de révolte qui résonne encore aujourd’hui. Return of the Boom Bap est une leçon de rap, au sens propre comme au figuré.

8. The Pharcyde · Bizarre Ride II the Pharcyde (1992)

Le pendant West Coast, jazzy et complètement déjanté, de la fantaisie De La Soul. Quatre gamins de Los Angeles qui rappent l’amour, l’échec et les galères du quotidien avec un charme irrésistible. « Passin’ Me By » est un classique doux-amer absolu, de ceux qu’on fredonne toute une vie. Bizarre Ride II the Pharcyde déborde de fraîcheur, d’humour et d’une mélancolie qui touche droit au cœur.

9. 2Pac · All Eyez on Me (1996)

Le premier double album de l’histoire du rap, et la démesure de Death Row Records portée à son incandescence. Un 2Pac au sommet de son art, urgent, magnétique, déjà prophétique. « California Love », « 2 of Amerikaz Most Wanted », « I Ain’t Mad at Cha » : chaque titre est une déflagration. All Eyez on Me est le testament flamboyant d’une superstar que l’on perdrait quelques mois plus tard. Un monument.

10. The Notorious B.I.G. · Ready to Die (1994)

Le storytelling absolu. Une voix, un flow, un sens du détail proprement sidérants. Biggie raconte Brooklyn dans toute sa splendeur et sa noirceur, passant du triomphe de « Juicy » à l’angoisse de « Suicidal Thoughts » sans jamais perdre le fil. « Big Poppa », « Warning »… Ready to Die est peut-être le plus grand premier album de l’histoire du genre. Écoutez-le d’une traite, comme un roman.

11. Cypress Hill · Black Sunday (1993)

Les basses fumeuses et hypnotiques de DJ Muggs, la voix nasillarde et immédiatement reconnaissable de B-Real, et un hymne qui a fait trembler les stades du monde entier : « Insane in the Brain ». Black Sunday, c’est le rap le plus stone, le plus contagieux et le plus fédérateur des années 90. La preuve qu’un son de niche pouvait conquérir la planète entière sans rien renier de son identité.

Et tous les autres…

Bien sûr, il y en a d’autres. Des dizaines. J’aurais pu vous parler du Wu-Tang Clan et de son Enter the Wu-Tang (36 Chambers), de Mobb Deep, de Gang Starr, d’OutKast, de Snoop Dogg, de Public Enemy ou des Fugees… Mais il fallait bien s’arrêter quelque part, et se limiter à dix albums (bon, onze, je n’ai vraiment pas réussi à trancher) me déchirait déjà le cœur. Prenez donc cette liste pour ce qu’elle est : une porte d’entrée, une invitation à creuser, surtout pas un classement gravé dans le marbre.

Et vous, quels albums auriez-vous glissés dans cette sélection ? Lesquels ai-je eu le tort d’oublier ? Venez en débattre avec moi, on refait le monde du rap avec plaisir. Rejoignez la communauté sur le Discord d’Utopiaz, et retrouvez-moi sur ma toute nouvelle chaîne WhatsApp, Utopiaz Le Lab, pour continuer la discussion au quotidien. À très vite, et surtout : montez le son.

Olivier Tech

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